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jeudi 17 février 2011

Ben Ali, Moubarak, Kadhafi: jamais deux sans trois?

Après, la Tunisie et l'Egypte, le vent de la révolte arabe souffle sur la Libye. Alors que les manifestations hostiles au régime se multiplient, Kadhafi tente de sauver les meubles, distribuant de larges sommes d'argent, réactivant sa garde personnelle, envoyant ses fils à Washington plaider la neutralité auprès des américains.
Il fait chaud sur Tripoli et, après ses amis Moubarak et Ben Ali, Kadhafi pourrait bien sentir passer sur son pays le vent de la révolte arabe. Des manifestations ont encore eu lieu ce jeudi 17 février, date commémorant la mort de quatorze manifestants le 17  février 2006, à Benghazi, dans le nord-est du pays. Dans cette même ville, bastion contestataire libyen, des émeutes ont éclaté dans la nuit de mardi à mercredi. Après l'arrestation de Fethi Tarbel, avocat militant des droits de l'homme, des centaines de manifestants ont affronté des policiers. Bilan des violences : 38 blessés, selon le directeur de l'hôpital.

Au moins quatre personnes ont été tuées mercredi dans des affrontements entre forces de l'ordre et manifestants anti-régime, dans la ville d'Al-Baïda, ont rapporté jeudi des sites d'opposition et des ONG libyennes, basés à l'étranger. « Les forces de la Sécurité intérieure et des milices des comités révolutionnaires ont dispersé, en usant des balles réelles, une manifestation pacifique de jeunes de la ville d'Al-Baïda », faisant « au moins quatre morts et plusieurs blessés », a indiqué dans un communiqué Libya Watch, une organisation de défense des droits de l'Homme basée à Londres.


L'organisation libyenne Human Right Solidarity, basée à Genève, qui cite des témoins, a indiqué de son côté que des snipers postés sur des toits ont tué 13 manifestants et blessé des dizaines d'autres.

Coincé entre deux révolutions populaires, le régime libyen a pris ces dernières semaines des mesures préventives pour calmer la population. Les autorités de ce riche pays pétrolier ont ainsi rétabli des subventions sur des biens de première nécessité et facilité l’accès de la population à des crédits sans garantie et sans intérêts.

Le régime est dirigé d'une main de fer, depuis 42 ans, par le colonel Kadhafi, doyen des dirigeants arabes, dont la rente pétrolière, lui permet encore de tenir l'armée. Jusqu'à quand ?

La population revendique l'accès au politique
Ben Ali, Moubarak, Kadhafi: jamais deux sans trois?

La famille Kadhafi, prise en étau entre l’Egypte et la Tunisie, y croît encore. Selon la lettre Maghreb Confidentiel, Khamis Kadhafi, le fils du Guide, a été envoyé d’urgence à Washington « pour convaincre les américains de rester neutres vis à vis des mouvements de protestations dans la Jamahirihya et leur promettre de nouveaux contrats ». Le pays est un exportateur de pétrole majeur. Les autres progénitures de Kadhafi tenteraient de verrouiller, chacun à leur poste, les médias égyptiens ou encore les chancelleries libyennes.

Pendant ce temps, sur la toile, la résistance s’organise. Des vidéos ont été diffusées par les principaux médias internationaux et massivement relayées sur la Toile par les internautes via les réseaux sociaux Twitter et Facebook à la veille du « jour de colère ».

Créé le 28 janvier par Hassan al-Djahmi, un dissident libyen exilé en Suisse, le groupe compte jusqu’ici plus de 14 000 fans.

« La prévision est difficile, surtout lorsqu’elle concerne l’avenir », comme disait Pierre Dac et la théorie des dominos a toute les limites de la… théorie mais si l’on en croît l’indice du « lancer de chaussures » mis au point par le très sérieux hebdomadaire The Economist , la Libye serait le deuxième pays, après le Yémen, susceptible d’être touché par la révolution de jasmin.

Un constat partagé par l’ancien adjoint à la sécurité nationale en chage du Moyen-Orient sous l’administration Bush, Elliot Abrams, qui expliquait le 20 janvier dernier que « la Libye et l’Egypte » étaient les deux pays les plus mûrs pour un changement à la tunisienne.

Et la population libyenne n’est pas la plus dépourvue de la région avec un PIB par habitant deux à trois fois supérieur à tous ses voisins. Cette stupéfiante amélioration du niveau de vie a évité l'hostilité à l'égard d'une modernité imposée par l'État, mais qui ne procède ni d'une réelle initiative individuelle ni des aspirations du plus grand nombre.

Selon Agnès Levallois, spécialiste de la région, « la principale revendication de la population est d’avoir accès au politique ». En attendant, Kadhafi distribue de larges sommes d’argent aux populations histoire de les calmer autant que faire se peut, et réactive sa garde spéciale comme pour se préparer au pire.
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marianne2

mercredi 16 février 2011

Une journaliste de CBS a été battue et agressée sexuellement en Egypte

Elle couvrait les célébrations sur la place Tahrir du Caire le jour de la démission du président Hosni Moubarak. Lara Logan, une journaliste vétérante de de CBS a été battue et agressée sexuellement, révèle la chaîne.

Avec son équipe, elle a été encerclée par «une foule de plus de 200 personnes frénétiques. Dans la bousculade provoquée par la foule, elle a été séparée du reste de son équipe. Elle a été encerclée, victime d'une agression sexuelle violente et prolongée, et battue avant d'être sauvée par un groupe de femmes et une vingtaine de militaires égyptiens», écrit CBS.

Cette journaliste originaire d'Afrique du Sud de 39 ans, habituée des zones de conflit, a été rapatriée aux Etats-Unis et hospitalisée.

Judith Matloff, professeur à l'école de journalisme à Columbia a rendu hommage à Logan. «Confier que vous avez été agressée sexuellement est courageux. En général, les correspondantes de guerre n'en parlent pas car elles ont peur de ne plus être envoyées en mission.»

52 journalistes agressés, un tué

D'après le Comité pour la protection des journalistes, au moins 52 journalistes ont été agressés et 76 placés en détention durant les trois semaines de manifestations qui ont conduit à la chute d'Hosni Moubarak. Tous ont été relâchés.

Un journaliste a été tué alors qu'il filmait des affrontements près de la place Tahrir, selon le CPJ. Il s'appelait Ahmad Mohamed Mahmoud et travaillait pour le journal égyptien Al-Ta'aoune.
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fr.news.yahoo

samedi 12 février 2011

Quoi de commun entre la fortune du clan Ben Ali et le système Moubarak ?


Des spécialistes affirment que la fortune de la famille du président égyptien se situe entre 40 et 70 milliards de dollars. Une estimation difficile à vérifier et qui donne un faux air de Tunisie au régime d’Hosni Moubarak.

La fortune de la famille du président égyptien Hosni Moubarak pourrait atteindre les 70 milliards de dollars [51 milliards d’euros, NDLR]. L'estimation en question (qui évoque une fourchette entre 40 et 70 milliards de dollars), avancée dans les colonnes du quotidien britannique The Guardian de dimanche, provient d’évaluations faites par des experts égyptiens.

La plupart de cette fortune serait placée dans des banques étrangères ou investie dans l’immobilier à Londres, New-York ou encore à Los Angeles.

Ce tableau d’une famille roulant sur les dollars suggère un parallèle avec le clan formé par le président déchu tunisien Zine El-Abidine Ben Ali et la famille Trabelsi. Un raccourci réfuté par plusieurs spécialistes de l’Égypte.

"A part son salaire public de plusieurs milliers d’euros, on ne sait rien de la richesse exacte d’Hosni Moubarak", estime Jean-Noël Ferrié, directeur de recherche au CNRS et auteur de "L’Egypte, entre démocratie et islamisme. Le système Moubarak à l’heure de la succession". Il estime que l’évaluation de la fortune de la famille du président est exagérée "d’un ou deux zéros au moins". Tewfik Aclimendos, chercheur spécialisé sur l’Égypte au Collège de France partage le même avis. Pour lui, la richesse du président égyptien est inchiffrable.

Un clan pratiquant le clientélisme à l’extrême

Cela dit, contrairement à la Tunisie, la société égyptienne toute entière, "du petit gradé de la police au proche du pouvoir", participe de ce système de corruption, selon Jean-Noël Ferrié. Là où certains dénonçait en Tunisie un "racket organisé" par le pouvoir, l’Égypte souffrirait davantage, selon le chercheur du CNRS, d’un système de "clientélisme poussé à l’extrême".

En effet, Hosni Moubarak - et même l’ancien président Anouar el-Sadate dans les années 70 - ont octroyé des avantages à toute une partie de la population – hommes d’affaires, militaires - afin d’acheter leur soutien, assurent les deux spécialistes. La plupart du temps, ces largesses prennent la forme d’opportunités immobilières, comme des hôtels ou des parcelles de terrains bradés à bas prix. En Tunisie, une petite clique, liée au président et à la famille de sa femme, les Trabelsi, récupérait la plus grosse part du pactole.

Au sein du clan présidentiel, les proches d’Hosni Moubarak ont profité à plein du système. "On sait, notamment, que Gamal Moubarak [le fils cadet, ndlr] doit une partie de sa fortune à son mariage avec la fille d’un richissime entrepreneur égyptien spécialisé dans le bâtiment", précise Jean-Noël Ferrié.

Mais le placement de fonds à l’étranger est loin d’être une spécificité du président et de ses proches. "N’importe quel entrepreneur égyptien, même d’une société de moyenne envergure, crée des montages financiers hors d’Égypte", assure Jean-Noël Ferrié.

Contrairement donc à la Tunisie, où une petite clique avait accaparé une grande partie de la richesse du pays, en Égypte, un bien plus grand nombre de personnes dépendent toujours financièrement du régime d’Hosni Moubarak.

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france24

La chute de Moubarak vue par la presse française : "et de deux !"


La contagion tunisienne a bel et bien gagné l'Egypte : après la fuite de Ben Ali en janvier et Moubarak qui quitte le pouvoir en février, les éditorialistes français font les comptes... et se demandent "à qui le tour", Bouteflika arrivant en tête des pronostics.

Egypte Caire Moubarak
Vendredi, l'explosion de joie à l'annonce de la démission de Moubarak © AFP

Unanime pour une fois, la presse française salue la révolution qui, de l'autre côté de la Méditerranée, a emporté Hosni Moubarak en moins de trois semaines de manifestations. "La peur change de camp et l'angoisse s'insinue sous le crâne des dictateurs", note Laurent Joffrin dans Libération samedi matin, alors que l'Egypte a mis fin à l'ère du raïs depuis quelques heures à peine. "Et de deux ! En moins de cent jours, à Tunis et au Caire, deux régimes qu'on pensait inexpugnables sont passés à la trappe de l'histoire", se réjouit-il.

"De nombreux régimes autoritaires vont devoir s'adapter à la nouvelle donne, ou bien se préparer à passer la main", estime Pierre Rousselin dans Le Figaro. Pour Yves Harté, de Sud-Ouest, "la Tunisie était une brèche comme le furent à l'Est les premières fissures de Pologne ou de Hongrie. Sur les bords du Nil, ce mouvement est un symbole majeur. Dans le monde arabe, tout part d'Egypte. Tout revient vers l'Egypte."

"Les yeux se tournent vers l'Algérie"

"La contagion de la liberté continue donc de gagner le monde arabe que l'on croyait ligoté, comme momies, dans les bandelettes de la dictature", estime Xavier Panon (La Montagne). "Aujourd'hui les yeux se tournent vers l'Algérie où perce également une aspiration à la liberté sur fond d'exaspération sociale. On ne sait pas si l'air frais de Tunis et du Caire y soufflera aussi vite qu'à côté. Quand le vent de l'histoire souffle, il ne s'arrête pas toujours aux frontières", ironise l'éditorialiste.

Michel Vagner de L'Est Républicain juge que "l'évènement est considérable, il présage d'un bouleversement profond dans le Moyen-Orient et le Maghreb (en Algérie peut-être, demain, au Yémen ou ailleurs) et s'il est lourd encore de menaces, l'heure est d'abord à la célébration de la prise de la Bastille égyptienne." Pascal Jalabert fait chorus dans Le Progrès et pense que "ce crépuscule des dictateurs millionnaires illumine le ciel du monde arabe de deux questions brûlantes : A qui le tour ? Et après ?" Dans Nord Eclair, Patrick Pépin se demande aussi "après Le Caire, quelle sera la capitale touchée par cette lame de fond ? Au Maghreb pour l'instant, l'Algérie semble le pays le plus fragile", analyse-t-il en rappelant que "comme dans un jeu où les dominos tombent les uns derrière les autres, l'Egypte fait suite à la Tunisie et confirme les aspirations démocratiques de la rue arabe et musulmane." "De Saana, à Beyrouth, de la Cisjordanie, du Maroc, en Tunisie, tout le monde arabe vit cette révolution comme un encouragement contre les régimes autocratiques qui briment les libertés", confirme Jean-Marcel Bouguereau dans La République des Pyrénées.

De son côté, Jacques Camus (La République du Centre) cite Obama: "L'Egypte ne sera plus jamais la même". Et d'ajouter: "notre façon de voir le monde arabe non plus!". "Une nouvelle tête est tombée. Après Ben Ali le vendredi 14 janvier, c'est au tour de Moubarak de fuir sous la pression populaire, un autre vendredi. Un peu comme si les dictateurs s'étaient échangés la bonne feuille de route : discours à la télé le jeudi et paquetage le lendemain", ironise Yann Marec dans Le Midi Libre.

Par TF1 News le 12 février 2011 à 08:30

vendredi 11 février 2011

La petite Tunisie fière d'avoir donné l'exemple au colosse égyptien


TUNIS — Le petit peuple qui donne la leçon à Pharaon: presque un mois après avoir fait partir Zine El Abidine Ben Ali les Tunisiens galvanisés ressentaient l'immense fierté d'avoir lancé la Révolution dans le monde arabe qui a balayé un 2ème "dictateur" de taille, l'Egyptien Hosni Moubarak.

"C'est du copié-collé. Ils ont gravé un CD de la révolution tunisienne, pris le même itinéraire", lance Atef Hajiji, superviseur d'une grande surface, âgé de 30 ans.

17H30, avenue Habib Bourguiba, haut lieu de la Révolution du jasmin. Dans un concert de klaxons et de chants la nouvelle se répand comme une traînée de poudre: après Ben Ali, 23 ans de pouvoir chassé en mois d'un mois, le raïs égytien balayé en 18 jours après 30 ans de règne.

Les Tunisois, presque sidérés, s'enorgueillissent de voir comment eux, petit peuple de 10 millions d'habitants sans grande portée géopolitique ont été "imités" par le géant égyptien et ses 80 millions d'habitants, coeur battant stratégique du Moyen-Orient.

"La chute de Moubarak, c'est la réussite de notre révolution", s'écrie les yeux brillants Nozha, 34 ans, employée d'une entreprise d'import/export. "On leur a donné le courage, l'initiative, la motivation: c'est une transmission", dit son ami, professeur de gestion de 34 ans, qui préfère taire son nom car "tout de même on ne sait jamais".

Et ils égrènent: même jonction de la révolte sociale de la rue et de la contestation internet des élites, disparition identique et soudaine de la peur face à un régime verrouillé par la police, irréductibilité comparable face aux promesses de présidents ébranlés s'accrochant au pouvoir avec les mêmes mots.

Même slogans aussi, avec le fameux "Dégage Ben Ali" devenu quelques jours après "Dégage Moubarak" dans les rues du Caire où flottaient des drapeaux tunisiens.

"Pour les Egyptiens, on est un mini-peuple. A nous voir comme ça nous révolter, comment ne pouvaient-ils pas vouloir faire tomber Moubarak ?" dit Aymen Benchaabame, journaliste internet de 28 ans.

Il raconte comment ses amis égyptiens ont suivi sur Facebook la révolte en Tunisie avant de franchir le pas. "Au début, ils me disaient de foncer. Ensuite, ils m'ont dit bravo. Aujourd'hui: +t'as vu, on a fait pareil. C'est un peu grâce à vous!"

Même si les régimes ne sont pas tous pareils, même si les pressions étrangères sont n'ont pas le même impact, même si les populations ne sont pas toutes aussi mûres pour se heurter à leur régime autoritaire, les Tunisois se vivent comme les instigateurs d'une grande révolution arabe aux effets dominos illimités.

"C'est une journée de joie et de fierté pour les Tunisiens. C'est extraordinaire, l'Egypte est le plus grand pays arabe, ça ouvre un grand espoir pour tous les pays arabes", déclare ainsi la présidente de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH) Mokhtar Trifi.

Déjà, ils parient sur le prochain "tyran" à faire tomber. En Algérie où une grande marche est prévue samedi pour "changer le système" du président Abdelaziz Bouteflika en poste depuis 1999 ? Au Yemen où la contestation se poursuit pour obtenir le départ du chef de l'Etat Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis 1978 ? En Libye, en Jordanie?

"Algérie!", a répondu la foule déchaînée en criant "Le peuple ne veut plus de Bouteflika".

"Ca va être contagieux, ça va passer en Algérie qui ressemble beaucoup à la Tunisie avec une élite structurée et une colère très forte", affirme Tahar Issa, metteur en scène de 32 ans. "Et quand la peur tombe, c'est fini: on gagne tout ou on perd tout".

Copyright © 2011 AFP

Algérie: blessés, arrestations lors d'une manifestation "spontanée" pro-Egypte


ALGER - Plusieurs personnes ont été blessées et 10 interpellées vendredi à Alger alors qu'il saluaient "spontanément" la chute du président égyptien Hosni Moubarak, à la veille d'une grande marche pour "changer de système" en Algérie, a annoncé un chef de l'opposition, Said Sadi.

Des militants avaient commencé à se rassembler devant le siège du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) dès l'annonce de la démission de Moubarak, a indiqué à l'AFP M. Sadi, le président de cette formation.

"Au début, les policiers ont laissé faire. Mais c'est quand des jeunes du quartier (voisin) de Messonnier ont rejoint le groupe, c'est là qu'ils ont changé. Ils ont chargé assez durement", a-t-il indiqué.

"Il y a eu des blessés qui sont à l'hôpital Mustapha, je ne saurai vous dire combien, mais il y a eu au moins dix arrestations", a ajouté M. Sadi. "Des policiers en civil étaient en train de pourchasser les jeunes dans les rues adjacentes", a-t-il ajouté.

"Ce n'était même pas une manifestation organisée. C'était spontané. C'était une explosion de joie", a affirmé le dirigeant qui ne se trouvait pas sur les lieux au moment des incidents.

Selon un journaliste de l'AFP arrivé sur place, les militants en train de célébrer ont eu à peine le temps de s'exprimer, environ une heure, qu'ils se sont retrouvés entourés de centaines de policiers. Ces derniers les ont poussés à l'intérieur du siège du parti. Certains militants criaient "On veut la chute du régime" algérien ou "Après Moubarak, c'est Bouteflika".

Au-dessus du lieu tournoyait un hélicoptère des forces de l'ordre.

C'est là que le 22 janvier, le RCD avait été empêché par un cordon très important de forces de l'ordre de rejoindre la Place de la Concorde (ou Place du 1er Mai) pour entamer une marche, en faveur de la démocratie et de la levée de l'état d'urgence, qui avait été interdite par les autorités.

Un haut responsable du RCD sur les lieux a indiqué à l'AFP qu'ils n'allaient pas insister "afin de se préserver pour demain".

Samedi, la Coordination nationale pour la démocratie et le changement (CNDC) créée le 21 janvier, dont le RCD est membre, a appelé à une marche dans Alger, en dépit de l'interdit réitéré par les autorités, et dans différentes wilayas du pays pour "changer de système".

En prévision de cette nouvelle manifestation, toute la capitale était dès samedi quadrillée de forces de l'ordre, y compris aux entrées d'Alger où les barrages de police, en place depuis les attentats suicide de 2007, ont été renforcés.

Au Caire, le président Moubarak a finalement quitté ses fonctions et remis le pouvoir à l'armée vendredi, après trente ans au pouvoir et au terme de plus deux semaines de manifestations massives contre le régime.

(©AFP / 11 février 2011 19h39)

jeudi 10 février 2011

Egypte : Moubarak menace de faire intervenir l'armée

Place Tahrir, au CaireAlors que les manifestants de la place Tahrir au Caire sont toujours mobilisés contre le président Hosni Moubarak, le pouvoir a menacé de faire intervenir l'armée en cas de "chaos".

(c) AFP Place Tahrir, au Caire

Sur place. Alors que les manifestants de la place Tahrir au Caire ne semblaient pas vouloir lâcher prise mercredi, au 16e jour de révolte et au lendemain d'une mobilisation monstre contre le président Hosni Moubarak, le ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmed Aboul Gheit a menacé de faire intervenir l'armée en cas de "chaos". Déjà mardi, le vice-président Omar Souleimane avait averti qu'une fin immédiate du régime "signifierait le chaos". Sur le rond-point devenu symbole du mouvement de contestation déclenchée le 25 janvier et transformé en village de tentes, les milliers de protestataires présents en permanence promettent de ne pas céder avant le départ du chef d'Etat, l'une de leurs principales revendications. La révolte a aussi touché la ville d'Assiout, au sud du Caire, où des manifestants anti-Moubarak ont bloqué une voie de chemin de fer et coupé une autoroute reliant le nord et le sud du pays à l'aide de pneus brûlés. Des manifestants ont également saccagé un bâtiment officiel dans la ville de Port Saïd (nord-est), à l'entrée méditerranéenne du canal de Suez, et incendié la voiture du gouverneur. A la contestation politique se sont ajoutés plusieurs mouvements sociaux portant sur les salaires ou les conditions de travail, dans les arsenaux de Port-Saïd, dans plusieurs sociétés privées travaillant sur le canal de Suez (est) ou encore à l'aéroport du Caire.

Parallèlement, la vie reprenait au Caire son cours dans la journée, la plupart des commerces ayant rouvert dans la capitale. Mais en soirée le couvre-feu reste en vigueur au Caire, à Alexandrie (nord) et Suez (est) de 20 heures (18 heures GMT, 19 heures françaises) à 6 heures.

Le nombre de victimes. Depuis le 3 février, les manifestations se déroulent le plus souvent dans le calme. Des heurts entre policiers et manifestants pendant les premiers jours de la contestation, puis entre militants favorables et opposés à Hosni Moubarak le 2 février, ont fait près de 300 morts ainsi que des milliers de blessés selon l'Onu et Human Rights Watch. La révolte a touché une ville à 400 km au sud du Caire, El Kharga, où cinq personnes, blessées dans des heurts entre manifestants et policiers ayant fait usage de balles réelles, ont succombé, selon des sources médicales.

En politique intérieure. Dans une tentative d'apaisement, Hosni Moubarak, 82 ans et presque 30 ans à la tête de l'Etat, a annoncé la création d'une commission pour amender la Constitution, dans le cadre du "dialogue national" entamé dimanche entre le pouvoir et l'opposition dont, pour la première fois, les Frères musulmans, jusqu'ici bête noire du régime. L'opposition conteste notamment les articles de la Constitution liés aux conditions très restrictives de candidature à l'élection présidentielle et au mandat présidentiel. Mais ces mesures politiques -dont l'annonce le 1er février du président qu'il ne briguerait pas un sixième mandat en septembre- ne semblent pas avoir convaincu les opposants qui exigent toujours un départ immédiat d'Hosni Moubarak. Entre-temps, les Frères musulmans ont réaffirmé qu'ils ne recherchaient pas le pouvoir, alors que beaucoup, en particulier en Occident, redoutent l'émergence d'une Egypte islamiste.

Des conséquences économiques. La crise risque de coûter cher à l'économie du pays le plus peuplé du Moyen-Orient, l'instabilité ayant fait fuir les touristes et pouvant refroidir durablement l'ardeur des investisseurs étrangers. Le directeur de l'Organisation mondiale du tourisme a déclaré mercredi ne se faire "aucun souci" quant à l'attractivité de l'Egypte comme destination touristique. Aucun assureur ne garantit la perte d'exploitation liée à des troubles ou le remboursement de frais supplémentaires pour rapatrier des touristes. Des voyagistes réclament la constitution d'un fonds de mutualisation à l'image de ce qui existe aux Pays-Bas.
Le nouveau gouvernement égyptien a approuvé, par ailleurs, une hausse de 15% des salaires des fonctionnaires ainsi que des retraites des militaires et des civils. Ces augmentations entreront en vigueur à partir du 1er avril.
Le gouvernement a approuvé également la création d'un fonds à hauteur de 5 milliards de livres (840 millions de dollars) pour compenser les propriétaires de commerces, d'usines et de voitures victimes de vol, de pillage et de vandalisme au cours des manifestations réclamant la chute du président Hosni Moubarak.
La réouverture de la Bourse du Caire a été reportée à dimanche.

A l'international. Le président de l'UE Herman Van Rompuy a concédé mardi que les Européens avaient parlé de manière trop dispersée sur les troubles en Egypte, ce qu'ont vivement critiqué les chefs des principaux groupes politiques du Parlement européen.
La Maison Blanche a de son côté assuré lundi que les autorités américaines n'étaient pas en contact avec les Frères musulmans, soulignant "les nombreux désaccords (des Etats-Unis) avec les déclarations de certains dirigeants de cette organisation". Le président des Etats-Unis, Barack Obama a estimé quant à lui que le processus politique en Egypte enregistrait des "progrès". Pour autant, selon le porte-parole du département d'Etat américain, Philip Crowley, l'organisation d'élections libres à brève échéance en Egypte constituerait "une entreprise ambitieuse".
De son côté, tout en affirmant que la France ne souhaitait pas "s'ingérer dans le choix du peuple égyptien", le ministre français de la Défense Alain Juppé a souligné que Paris soutenait l'avènement d'une "réelle démocratie" et estimé que "la transition (devait) se développer dès que possible". "J'ignore ce qui va arriver en Egypte, mais notre intérêt est clair : il faut préserver la paix qui existe depuis trois décennies et a apporté le calme dans le sud (d'Israël) et la stabilité dans la région", a à cet égard dit le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Le site internet allemand d'information Spiegel Online écrivait dans la soirée que Hosni Moubarak pourrait venir effectuer "un bilan médical prolongé" en Allemagne, évoquant des réflexions "concrètes" en faveur d'une telle solution. Le porte-parole du gouvernement allemand a toutefois assuré qu'il n'y avait eu "ni demande officielle, ni demande officieuse concernant un tel séjour".

Les consignes de sécurité. Le ministère des Affaires étrangères, notant "des signes d'une reprise d'activités" en Egypte, a indiqué mercredi que les expatriés pouvaient commencer à "préparer" leur retour dans ce pays, dans une actualisation de sa rubrique Conseils aux voyageurs de son site internet. Pour le tourisme, le Quai d'Orsay continue d'inviter les Français "à reporter leur voyage afin de s'assurer que les évolutions actuelles se confirment dans les jours qui viennent". A noter que les voyagistes français ont décidé de prolonger jusqu'au 14 février inclus, la suspension de tous les départs de vacanciers pour la Tunisie et l'Egypte, départs suspendus depuis le 28 janvier pour l'Egypte et depuis mi-janvier pour la Tunisie.

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challenges.fr

Agence Elysée : Air Moubarak, Air Ben Ali et Air Carla !

François Fillon a été hébergé par le gouvernement égyptien pendant ses vacances de fin d’année et a emprunté un avion « de la flotte gouvernementale » du pays pour une excursion, a annoncé Matignon mardi 8 février, dans un communiqué qui confirme des informations du Canard enchaîné.

Comment voulez-vous qu’il puisse condamner Michèle Ailée-Marie après ça ? Et Nicolas Sarkozy lui-même, que pourra-t-il dire demain lors du Conseil des ministres ?

Cette République est assassinée. République irréprochable ? Je crois plutôt que nos amis vont créer, bientôt, une agence de voyage.

Sarkozy qui se déplace à Bruxelles, 300 km, avec deux avions aux frais du contribuable, puis à New-York voir son « bonne chance mon papa » alias Louis, je crois que ce Gouvernement a atteint le fond.

On se souvient d’Estrosi et son aller-retour Paris-New-York à plus de 100 000 euros. Et d’autres aussi comme Joyandet aux Antilles. Je crois bien que le Conseil des ministres d’aujourd’hui sera Rock’n’Roll.

S'il y a vraiment une agence touristique qui mérite bel et bien le label qualité, c'est celui de l'Elysée, qui met plus son accent au Moyen-Orient et au Maghreb. L'Agence Elysée a multiplié le pied de grue auprès de certaines dictatures, pour profiter, qui, de leurs jets, qui, de leurs avions gros porteurs, qui, de leurs bateaux, qui, de leurs hôtels luxueux. Et, le mystère élucidé de certaines postures est net. On comprend aisément, enfin, pourquoi les uns et les autres s'entremêlent comme des cheveux dans un peigne, pour se soutenir, se congratuler ou se défendre. La couardise et la forfaiture étant les syntagmes les mieux partagés.

Fillon soutient Alliot-Marie aka Ailée-Marie qui soutient Estrosi, qui, lui, soutient Joyandet ou Sarkozy et vice versa. Que va-t-il se passer lors du Conseil des ministres de ce matin ? Ce qui est sûr, après les exploits du chef de l'Etat et son voyage bruxellois puis new-yorkais avec deux avions, il ne peut vraiment faire aucun reproche à son premier-ministre et à sa ministre des Affaires étrangères après son propre forfait. Le pouvoir se justifie aujourd'hui en arguant que la sécurité passe avant le souci d'économies. Ah, pendant qu'on demande aux uns et aux autres de serrer la ceinture, d'autres parlent de leur sécurité, avec à la clé, la "nécessité" de rejoindre l'Hexagone rapidement, en cas de problème. Soit...

Mais, malgré ce plaidoyer en trompe-l'oeil, on ne peut être que sceptiques sur la valeur que nos dirigeants portent sur notre opinion dont ils se contrefichent royalement. En plus du zèle -il faut voir Alliot-Marie contre-attaquer sans vergogne-, pour se rendre bien compte de la situation Sarkozy sera face aux Français sur TF1. Alors qu'il est de plus en plus difficile de virer MAM sans inclure François fillon pris lui aussi les doigts dans la confiture, sans compter le compagnon de MAM Patrick ollier, en option, c'est trois de chute. Trois boulets plus le roi nu, plus déshinibé que Lady GaGa dans sa dernière photo. Difficile à imaginer à un an de la présidentielle, l'éjection de ces membres du Gouvernement.

Les cadres de l'UMP ne savent plus à quels saints se vouer. 2012 c'est demain et, tous fuient les micros après les révélations faites par la primature. Tous pourris ? Non mais, avec des amateurs dans son exécutif, la France est ridiculisée, sur le plan international surtout. Sur le plan national, les Français semblent être résignés, groggys par une situation qui les dépasse, les tétanise. Le roitelet élyséen a définitivement massacré la France, ses institutions, la fonction présidentielle. Il a tout cassé. Quand on voit la fronde du pouvoir exécutif, faut-il encore vous faire un dessein sur la prévarication du système, celui des amis à qui on pardonne tout. Honteux.

La faute est toujours pour les autres. Le populisme abscons de Nicolas sarkozy qui récupère le moindre fait-divers devient insupportable. On l'a vu exploiter honteusement la mort de la jeune Laétitia. Or, s'ils mettaient le prix de leurs escapades au budget de la justice, la magistrature aurait les moyens de faire appliquer les lois . S'il étaient conscients un tant soi peu de leurs vrais responsabilités dans les échecs de cette dernière au lieu d'accuser les magistrats, mieux ça vaudrait. C'est Sarkozy le véritable responsable de cet échec qui est à l'origine de la mort de cette jeune personne...C'est plutôt à l'Elysée qu'il y a un dysfontionnement grave de l'Etat....

Allain Jules

Dessin de PEZ
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agoravox

mercredi 9 février 2011

L'Allemagne pourrait accueillir Hosni Moubarak

Par Patrick Saint-Paul
L'hypothèse d'un très opportun séjour médical prolongé en Allemagne, visant à exfiltrer le président égyptien, est étudiée sérieusement à Berlin.

Hosni Moubarak pourrait être accueilli à la clinique Max-Gründig, à Bühl, dans le Bade-Wurtemberg.
Hosni Moubarak pourrait être accueilli à la clinique Max-Gründig, à Bühl, dans le Bade-Wurtemberg. Crédits photo : AMR ABDALLAH DALSH/REUTERS

Le raïs égyptien n'est pas encore la nouvelle vedette d'une série télévisée allemande à succès, La Clinique de la Forêt-Noire. Mais Hosni Moubarak pourrait bientôt devenir le plus célèbre patient d'un petit hôpital de luxe, situé dans la Forêt-Noire, à proximité de Baden-Baden. Bien qu'aucune proposition officielle en ce sens n'ait été formulée pour l'instant, l'hypothèse d'un très opportun séjour médical prolongé en Allemagne, visant à exfiltrer le président égyptien, est étudiée sérieusement à Berlin.

La rumeur d'une possible venue de Moubarak dans un établissement médical allemand court depuis plusieurs jours dans les médias. Selon le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, il n'y a eu «ni demande officielle, ni demande officieuse concernant un tel séjour». Cependant, les autorités allemandes n'aiment pas être prises au dépourvu et auraient déjà identifié un possible lieu d'accueil, affirme l'hebdomadaire Der Spiegel: la Max-Gründig Klinik, à Bühl, dans le Bade-Wurtemberg. Avec ses suites de luxe et son restaurant gastronomique, l'établissement huppé ressemble plus à un palais qu'à un hôpital.

Plusieurs milliards d'euros outre-Rhin

À Berlin, les voix se multiplient au sein de la coalition gouvernementale pour défendre cette solution, alors que les manifestants de la place Tahrir continuent de réclamer le départ de Moubarak. «Le gouvernement fédéral devrait signaler discrètement qu'il peut venir en Allemagne s'il le souhaite, explique le député européen Elmar Brok (CDU). Si cela peut favoriser une transition paci­fique en Égypte, nous devons le faire.» Le député libéral Rainer Stinner estime, lui aussi, qu'un séjour médical en Allemagne est acceptable. «Mais un exil en Allemagne serait très problématique», ajoute-t-il, soulignant que des clarifications s'imposent à la suite des accusations selon lesquelles la famille du raïs aurait caché plusieurs milliards d'euros outre-Rhin.

Plusieurs figures au sein de l'opposition sociale-démocrate ont aussi plaidé en faveur de cette solution. Au sein de la classe politique allemande, seuls les Verts s'y opposent farouchement, jugeant que «c'est probablement la dernière chose que les Égyptiens attendent de nous». Et que l'Allemagne ne doit pas devenir un «refuge pour despotes». Plusieurs associations de défense des droits de l'homme ont déjà annoncé leur intention de déposer une série de plaintes contre le raïs en Allemagne, s'il décidait de s'y réfugier.

Hosni Moubarak a déjà eu l'occasion d'apprécier la qualité et la discrétion des soins allemands. En mars 2010, le raïs a subi une ablation de la vésicule biliaire et s'est fait retirer un polype du duodénum à la clinique de Heidelberg (Sud-Ouest). En l'absence alors d'un vice-président chargé de l'intérim, Moubarak avait confié ses prérogatives au premier ministre Ahmed Nazif, le temps de son hospitalisation. En 2004, il avait été hospitalisé outre-Rhin pour une hernie discale. Prise d'assaut par les nouveaux milliardaires russes, Baden-Baden ne manque pas d'atouts pour attirer l'entourage de Moubarak: boutiques de luxe, un casino fréquenté par la jet-set mondiale et des bains thermaux romains.

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lefigaro

lundi 7 février 2011

La fortune des Moubarak dépasserait les 40 milliards

La fortune d'Hosni Moubarak serait estimée à 15 milliards de dollars, selon des experts du Moyen-Orient.
La fortune d'Hosni Moubarak serait estimée à 15 milliards de dollars, selon des experts du Moyen-Orient. Crédits photo : KHALED DESOUKI/AFP

Selon des experts cités par le journal britannique The Guardian, la fortune de la famille Moubarak pourrait même atteindre 70 milliards de dollars à la suite de partenariats d'affaires avec des entreprises étrangères.

Le peuple égyptien réclame ostensiblement son départ, mais Hosni Moubarak s'accroche. Alors qu'environ 40% de la population (l'Egypte compte 80 millions d'habitants) vivrait avec moins de trois dollars par jour, le journal britannique The Guardian rapporte ce dimanche que selon des experts du Moyen-Orient la fortune de la famille du président égyptien serait comprise entre 40 et 70 milliards de dollars. Elle serait répartie comme tel : 15 milliards de dollars pour Hosni Moubarak, un milliard pour son épouse Suzanne, huit milliards pour son fils aîné, Alaa et 17 milliards pour son second fils Gamal. Par comparaison, celle du couple Ben Ali est estimée à cinq milliards de dollars, selon le classement du magazine américain Forbes. Et celle de l'homme le plus riche des Etats-Unis, Bill Gates, à 54 milliards.

Selon le journal algérien Al Khabar, une bonne partie de la fortune des Moubarak serait déposée dans des banques ou investie dans de l'immobilier. La famille Moubarak possèderait ainsi, en dehors de l'Égypte, des propriétés aux États-Unis, en Grande-Bretagne (dont les fils et la mère détiennent la nationalité), en France, en Suisse, en Allemagne, en Espagne et à Dubaï. Enfin, ses deux fils, Gamal et Alaa ont créé et pris des participations dans de nombreuses sociétés en Europe et aux États-Unis. A en croire la chaîne de télévision australienne ABC News, le premier aurait commencé son business dans les années 80 en spéculant sur la dette de son pays sur le marché financier international. Avec les bénéfices réalisés, il acquérait des terrains militaires à des prix défiant toute concurrence qu'il revendait à des investisseurs. Le produit était directement versé dans des comptes en banques en Europe.

Régime corrompu

Cet enrichissement fulgurant ne surprend pas les experts. Selon Christopher Davidson, professeur de politique au Moyen-Orient à l'Université de Durham, Moubarak, son épouse et ses deux fils «ont été en mesure d'accumuler ces richesses dans le cadre d'un certain nombre de partenariats d'affaires avec des entreprises et des investisseurs étrangers, à l'époque où il était général dans l'armée et en position de bénéficier de la corruption dans les entreprises». Il ajoute : «Presque tous les projets ont besoin d'un parrain et Moubarak était bien placé pour profiter de toutes les offres proposées. Il y avait beaucoup de corruption dans ce régime et un étouffement des ressources publiques à des fins personnelles».

La plupart des Etats du Golfe exigent des entreprises étrangères de donner à un partenaire local 51% de parts dans de nouvelles start-up. «En Egypte, le chiffre est généralement plus proche de 20% mais cela permet toujours aux politiciens et à leurs proches alliés dans l'armée d'avoir accès à d'énormes profits sans mise de fonds initiale et avec peu de risques», poursuit le professeur de Princeton. C'est pour cette raison que McDonald's aurait refusé de s'implanter en Tunisie.

Ces pratiques seraient comparables à celles d'autres dirigeants régionaux, à en croire Amaney Jamal, professeur de sciences politiques à l'Université de Princeton.«C'est le modèle appliqué par d'autres dictateurs du Moyen-Orient afin que leur richesse ne soit pas saisie au cours d'un changement de pouvoir. Ces dirigeants prévoient ce cas», affirme-t-il.

Par Guillaume Errard
Journaliste, Le Figaro.fr

dimanche 6 février 2011

Quand le régime de Moubarak réquisitionne les réseaux de Vodafone

Vodafone affirme que les autorités du Caire l’ont contraint à envoyer à ses abonnés égyptiens des messages en faveur du président, Hosni Moubarak. Dans un communiqué, le géant de la téléphonie mobile affirme que ses réseaux ont été réquisitionnés en vertu du Telecoms Act. Cette loi oblige les opérateurs à communiquer à leurs clients des annonces gouvernementales
sous la forme de SMS. Selon Vodafone, les réseaux d’Etisalat et de Mobinil, deux de ses concurrents, se seraient vu adresser la même demande.
« Ces messages ne sont pas rédigés par les opérateurs de téléphonie mobile, et nous ne disposons d'aucun droit de regard face aux autorités concernant leur contenu », insiste le groupe, qui affirme avoir protesté auprès du gouvernement. « Nous avons fait savoir que tous les messages devaient être transparents et que leur expéditeur devait être clairement identifiable. » En effet, rien ne précisait que les autorités égyptiennes étaient à l’origine des SMS envoyés. Selon l’agence Reuters, l’un d'eux communiquait le lieu et l’heure d’une manifestation favorable à Hosni Moubarak.

mercredi 2 février 2011

Vers un soulèvement populaire général du monde arabe?

Vers un soulèvement populaire général du monde arabe?

L’éditorial de Jérome Bourbon, à lire intégralement dans le numéro en vente en kiosque le 4 février.

Après la Tunisie, l’Egypte. Où et quand s’arrêtera cette révolution populaire arabe?Les émeutes qui ont commencé il y a quelques semaines à Tunis et qui ont conduit à la fuite du président Ben Ali, après vingt-trois ans de règne sans partage, atteignent désormais l’Egypte. Le 1erfévrier deux millions de manifestants sont descendus dans les rues des villes pour réclamer le départ du président Hosni Moubarak, 82 ans, au pouvoir depuis trente ans. Quelque 500 000 personnes se sont massées sur la place Tahrir, dans le centre du Caire, à l’occasion de cette «marche du million» destinée à accentuer la pression sur le vieux raïs. Dans les différents cortèges les slogans hostiles à l’actuel président étaient légion : «Moubarak, réveille-toi, c’est ton dernier jour!», «Moubarak, pars en Arabie ou à Bahreïn!», «On ne veut pas de toi, on ne veut pas de toi!», «Révolution, Révolution jusqu’à la victoire», «Dehors Moubarak, ta tête va tomber», «Moubarak, lâche, agent des Etats-Unis!»…
Quelles sont les raisons qui expliquent l’ampleur et la soudaineté de tels mouvements populaires de Tunis au Caire? Les conditions économiques et sociales difficiles sont un facteur important, surtout d’ailleurs en Egypte où un grand nombre d’habitants vivent dans la misère et ne souffrent plus d’être (mal) dirigés par des hommes autoritaires, corrompus, usés car depuis plusieurs décennies au pouvoir et qui, eux, ont des trains de vie de nabab. Autre motif essentiel, l’hostilité à l’égard de régimes jugés pro-américains et pro-israéliens. Ce n’est pas un hasard si les Frères musulmans jouent un rôle très important dans l’insurrection populaire au Caire. L’Egypte de Moubarak est en effet l’allié objectif des Etats-Unis et d’Israël. Or, l’entité sioniste qui a déjà perdu la Turquie comme amie depuis l’affaire de la flottille ne peut accepter facilement que le pays des pharaons installe à sa tête un régime hostile. C’est sans doute la raison pour laquelle Moubarak semble actuellement plus soutenu par la communauté internationale que Ben Ali.

Les Etats-Unis et l’État hébreu craignent ces mouvements de rue dont ils ne savent pas sur quoi ils peuvent déboucher. C’est pourquoi ils essaient de les accompagner, de les neutraliser et de les récupérer. Ils ont lâché très vite le président tunisien Ben Ali qui a toutefois trouvé refuge en Arabie séoudite, allié de l’Oncle Sam. En Egypte le mouvement prend d’autant plus d’ampleur que l’armée qui y détient le pouvoir ne semble plus totalement aux ordres de Moubarak. Le 31janvier, au huitième jour d’une révolte ayant fait au moins 125 morts (l’ONU avançait le chiffre de 300 victimes), elle a jugé “légitimes” les revendications du peuple et s’est engagée à ne pas faire usage de la force contrairement à ce qui avait été fait les jours précédents. L’on pouvait voir le 1erfévrier cette scène surréaliste: des soldats, pour certains perchés sur des véhicules blindés constellés de graffiti anti-Moubarak, souriaient et opinaient tandis que la foule criait: «Le peuple et l’armée sont main dans la main.»
Pas plus qu’en Tunisie, le changement de gouvernement annoncé par le raïs égyptien n’a pour l’heure réussi à apaiser les mécontentements, non plus que son allocution télévisée mardi soir où il a affirmé sa volonté d’achever son mandat— qui expire en septembre— mais de ne pas en solliciter un nouveau. La veille, c’était le tout nouveau vice-président, Omar Souleimane, qui lançait un appel au dialogue avec toutes les forces politiques du pays. Mais pour l’instant en vain. «La révolution n’acceptera pas Omar Souleimane, même pour une période de transition. Nous voulons un nouveau dirigeant », déclarait ainsi Mohamed Saber, militant des Frères musulmans. L’opposant Mohamed ElBaradeï, rentré d’Autriche la semaine dernière, a demandé le 1erfévrier à Hosni Moubarak d’abandonner le pouvoir et de quitter l’Egypte, afin d’éviter un bain de sang. Le 2 février, l’armée appelait les manifestants à mettre fin à leurs actions mais actuellement le peuple égyptien semble résolu à ne rien céder. Le conflit n’est donc pas terminé et pourrait peut-être s’exporter dans d’autres pays arabes au grand dam de Washington et de Tel Aviv qui ont l’habitude dans cette région du monde d’avoir pour interlocuteurs de simples marionnettes. A moins que, comme souvent, ils ne finissent par retourner la situation à leur avantage
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