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vendredi 25 février 2011

Les vendredis de la Liberté


Les vendredis de la Liberté
Tariq Ramadan

Vendredi 25 février 2011

Aujourd’hui avec plus de force encore, il faut saluer le soulèvement historique du peuple tunisien. Des millions de femmes et d’hommes ont dépassé la peur et bravé la terreur. Le peuple égyptien a suivi cet exemple et a fait plier le despote. Les régimes restent en place mais un mouvement irréversible et incontrôlable s’est mis en branle. L’Afrique du Nord et le Moyen-Orient ne seront plus jamais tout à fait les mêmes et quelles que soient les potentialités et les velléités de contrôle politique, géostratégique et économique des militaires et des puissances occidentales, il faudra compter avec cette nouvelle donne. Les mouvements de masse, non violents, déterminés et courageux, ont montré que tout est possible et que l’Histoire est en marche pour le monde arabo-musulman : il faudra tenir compte désormais de cette espérance de liberté et de la force de ces libérations et ce même si elles pouvaient être circonstanciellement récupérées ou avortées.

Le peuple de Libye est descendu dans la rue et, ville après ville, il libère son pays de la main mise de l’excentrique dictateur de Tripoli. La folie, intelligente et imprévisible, de ce dernier n’a pas dit son dernier mot mais il est désormais assez évident qu’il va tomber et que la Libye va être libérée des horreurs de son règne. Il aura volé, torturé, sommairement éliminé et tellement menti : il aura su se jouer des pouvoirs occidentaux, les provoquer, les humilier et rester en place pendant plus de quarante ans. C’est son peuple aujourd’hui qui, avec courage, a décidé de l’affronter en nombre et à main nue : il importe de les saluer, de les encourager, de les accompagner et de les soutenir. On ne pourra certes pas faire grand’ chose de l’extérieur, mais le mouvement s’élargit et il est nécessaire que nous poussions nos autorités à prendre des positions claires et courageuses. Enfin ! Car enfin comme est triste la révélation confirmée de tant de silence, de tant d’hypocrisies, de tant de mensonges : l’Orient est le miroir révélateur et déformant de tant de politiques coupables des États-Unis, du Canada, de l’Europe et de l’Australie. Les peuples aujourd’hui ne scandent et ne reprochent rien à l’Occident : le minimum serait que ce dernier se réveille enfin à l’image de ce réveil du monde arabe. Le courage et l’autocritique valent mieux que les silences lâches des coupables. Il est temps.

Au Yémen, à Bahreïn, en Irak, au Maroc, en Algérie, en Iran, en Jordanie, les peuples expriment leur désir de liberté et de dignité. En ces rassemblements de vendredi, la puissance populaire est phénoménale et le symbole est fort, irrésistible. Des musulmanes et des musulmans réunis en ces jours de prière, font entendre la voix de l’aspiration humaine et universelle à la liberté, à la justice, à la dignité et aux pouvoirs indéfectibles des peuples souverains. A toutes celles et à tous ceux qui ont décrit et peint les musulmans comme impénétrables aux idées de liberté et de démocratie, et forcément enclin à la violence, – à cause de l’essence même de l’islam - ; la réponse est cinglante et imparable : des dizaines de millions de musulmans, en ces vendredis, ont choisi la voie de la résistance, du sacrifice et de la libération dans la non violence, le respect de la vie, et sans jamais critiquer l’Occident, ses valeurs ou ses trahisons. Ils l’ont fait avec des chrétiens, des coptes, des athées, des communistes et des concitoyens de toutes croyances, obédiences et idéologies. Quelle plus belle réponse aux analyses simplistes, réductrices voire racistes que propagent les milieux populistes en Occident ? Les vendredis de la liberté, avec ces foules qui se réunissent pour la prière comme pour la résistance et la liberté, c’est le mariage, en direct, de l’islam - des musulmans - et de la liberté, de la justice et des principes démocratiques. Que le premier dirigeant européen à avoir salué les peuples résistants, et demandé aux dictateurs de partir, soit le premier ministre turc devrait être un autre indicateur, assez caustique, pour les analyses tendancieuses rabâchées sur le « monde musulman » depuis tant d’années dans les couloirs de la diplomatie et des l’intelligentsia occidentales.

Il faut espérer que le mouvement ne s’arrêtera point là. Que les peuples poursuivront leur marche en avant et qu’ils parviendront à se libérer complètement du joug des tyrans pour accomplir une totale révolution démocratique. Rien n’est gagné ni en Tunisie, ni en Égypte, ni en Libye, ni ailleurs, mais le mouvement peut être plus fort que ceux qui essaient de le contrôler. Cette force est sa force. Il importe que les mouvements d’opposition plurielles saisissent cette occasion historique de dialoguer entre eux et établissent des fronts ouverts représentant la société civile afin que les commandements armés ne détournent pas les révolutions à leur avantage ou à l’avantage de puissances étrangères politiques ou/et économiques. Il faut espérer que les gouvernements entendent, se réforment entièrement ou s’en aillent définitivement, pour laisser place à des systèmes de gouvernement respectueux de la volonté des peuples qui appliquent sans compromission les cinq principes inaliénables : état de droit, citoyenneté égalitaire, suffrage universel, mandat électif limité et séparation des pouvoirs. C’est impératif, c’est le minimum requis et ce sans corruption, sans clientélisme et dans l’indépendance. Il faut espérer que le mouvement se répande dans toute l’Afrique du Nord et au Moyen-Orient… jusqu’en Israël d’ailleurs afin que le premier ministre Benjamin Netanyahu et son ministre des affaires étrangères raciste, Avigdor Lieberman, soient aussi renversés et que cesse cette interminable politique de colonisation indigne et de non respect caractérisé de la dignité des Palestiniens comme des Arabes israéliens.

En ces vendredis de la liberté, tout est possible. Avec espoir, et sans naïveté, il faut saluer la marche des peuples et rappeler aux gouvernants – quels qu’ils soient, tyrans ou amis indignes des tyrans – que rien n’est jamais acquis et que les despotes et les traitres ne sont jamais définitivement à l’abri ne de leur peuple ni du jugement de l’Histoire.

samedi 19 février 2011

Tunisie, Egypte et le reste, une brise de liberté devient ouragan









الشعب يريد إسقاط النظام Made in tunisia

Le slogan de la liberté arabe ( echaab yourid yskat enidham ) الشعب يريد إسقاط النظام , un slogan noble contre la dictature arabe qui devrait dégagé pour laisser l’air circulé, le peuple arabe a soif d’oxygène ,,, DEGAGE est le deuxième slogan , des slogans qui prenne source de la terre de Hannibal pour se propager au Pharaon comme une brise de vent dont l’âme n’est autre qu’un ouragan destructeur…

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cyberevasion

La Révolution du jasmin se propage : Grogne dans les pays arabes


La révolution du jasmin se propage. Le Monde arabe bouge. Un séisme dont l’épicentre est parti de la petite Tunisie qui a déclenché une véritable secousse ! L’onde de choc s’est propagée à une grande vitesse pour toucher l’Egypte. Et la révolte dans le Monde arabe ne fait que commencer. De l’avenue Habib-Bourguiba, en plein cœur de Tunis, à la place Tahrir, symbole de la Révolution des Égyptiens au Caire, la Révolution du jasmin embaume de son doux parfum de liberté chaque jour un peu plus les pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Après la Tunisie de Zine El Abidine Ben Ali et l’Egypte de Hosni Moubarak, deux dictateurs qui sont passés à la trappe de l’histoire, à qui sera le tour dans les prochains jours ? Les paris sont ouverts.

Le tourbillon de la contestation populaire tournoie dans l’espace géographique arabe et risque d’emporter dans son mouvement les régimes en place. Dans les villes de Benghazi en Libye, Manama au Bahrein, Sanaa au Yémen, la colère des populations longtemps soumises sous une chape de plomb se révoltent contre l’ordre établi et revendiquent le changement du personnel politique et le mode de gouvernance qui a maintenu jusqu’à présent en place des chefs d’Etat au pouvoir depuis plus de deux décades. Un seul mot d’ordre de l’Atlantique au Golfe persique « le changement ».Benghazi, Sanaa, Manama, la protestation gagne du terrain. Avec un mot d’ordre affiché, désormais sans peur, par les manifestants : «Dégage !». Ce slogan, le premier à l’adresse de Ben Ali, a déjà porté ses fruits en Tunisie. Le tyran de Carthage a fui le pays. Le Pharaon d’Egypte est tombé en attendant la prochaine victime des mouvements populaires.

Benghazi, Sanaa, Manama, la même musique

La même musique se joue, que ce soit à Benghazi, Sanaa ou Manama, où les manifestations en faveur de la démocratie et de la liberté d’expression, trouvent la répression au rendez-vous. A Benghazi, deuxième ville du pays, à 1.000 km à l’est de Tripoli, quatorze personnes ont été blessées mardi dans des affrontements à Benghazi, entre des manifestants et les forces de l’ordre, a rapporté, hier, un journal libyen. Les forces de l’ordre sont intervenues, selon le journal, pour mettre fin à des affrontements entre des partisans du leader libyen Mouammar Kadhafi et des « saboteurs » parmi des manifestants. Les manifestants ont scandé des slogans contre le régime: « Benghazi réveille toi c’est le jour que tu attendais », « le sang des martyrs n’est pas versé en vain », ou encore "le peuple veut faire tomber la corruption", selon ces médias. Ces manifestations sont contrées par des manifestations pro Kadhafi.

Comme en Tunisie ou en Egypte, le scénario est devenu immuable. Peu après, des centaines de manifestants pro-régime ont défilé à Benghazi, mais aussi à Syrte, Sebha et Tripoli, selon des images de la télévision d’Etat. La chaîne al-Jamahiriya a diffusé des images en direct de manifestants défilant en brandissant des drapeaux et des photos du colonel Kadhafi. Ces manifestations interviennent à la veille de la « journée de colère » libyenne prévue pour aujourd’hui, selon des appels

lancés sur Facebook, sous le slogan "Révolte du 17 février 2011. A Manama, des milliers de Bahreïnis ont continué, hier, de manifester contre le gouvernement, au lendemain de la mort de deux manifestants dans ce petit Etat du Golfe. Des centaines de manifestants se sont installés sous des tentes pour exiger des changements dans le royaume dans le cadre d’une mobilisation inspirée par les révolutions en Tunisie et en Egypte. Dans une allocution télévisée, le roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa a présenté ses condoléances aux familles des deux victimes « deux de nos fils précieux », a-t-il dit et promis qu’une commission ferait le jour sur les circonstances de leur décès. Ce qui est insuffisant pour calmer la rue et l’opposition.

Le chef de l’opposition chiite à Bahreïn, cheikh Ali Salmane, a réclamé, « l’établissement d’une monarchie constitutionnelle » où le Premier ministre serait « élu par le peuple ». Le président Ali Abdallah Saleh du Yémen, lui aussi, n’échappe pas à cette fronde populaire. Partisans des pouvoirs yéménites et opposants s’affrontent depuis plusieurs jours. Les forces de police déployées autour d’un rassemblement de l’opposition sur le campus de l’université de Sanaa ont été incapables de maintenir à distance les deux camps. D’après les médias, des centaines de partisans du président Saleh armés de poignards et de gourdins ont chargé les protestataires qui ont pris la fuite.

Un étudiant a été blessé dans la mêlée. D’autres étudiants sont alors sortis de l’université et ont commencé à lancer des projectiles en direction des loyalistes. « Nous continuerons de manifester jusqu’au départ de ce régime », a affirmé Mourad Mohammed, un étudiant yéménite qui se soulève contre l’immobilisme qui caractérise le régime de Ali Saleh. La menace de voir le Yémen suivre les exemples tunisien et égyptien a conduit Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis plus de trente ans, à annoncer qu’il s’effacerait du pouvoir à l’issue de son mandat, en 2013, et a proposé un dialogue à l’opposition politique. L’opposition a accepté ces discussions, mais la jeunesse yéménite, base du mouvement, ne s’en satisfait pas. « Nous voulons le changement et nous voulons obtenir ce changement de la même manière que les Egyptiens et les Tunisiens », préviennent les étudiants de Sanaa.

Les pays à risque

D’autres pays arabes sont sur la liste des pays à risque. La Syrie de Bachar Al-Assad. Jusque là, le jeune président a réussi à contenir la contestation par une politique préventive destinée à calmer la rue. Le Roi Abdallah de Jordanie, lui, a anticipé les évènements. Il a changé de gouvernement. Au Maroc, tous les ingrédients sont réunis pour un soulèvement populaire. Le Roi Mohamed VI a beau annoncer des mesures sociales, mais rien n’y fait, la contestation est là. Dans tous les pays arabes, le désir de démocratie et de liberté s’est enraciné dans l’esprit d’une population qui étouffe. Il semble que le jasmin tunisien est très contagieux. Il est parvenu à contaminer des pays, se croyant inoculés contre ce virus, même si ces pays sont différents les uns des autres.
Par : Sadek Belhocine Le Midi Libre

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biladi

mardi 15 février 2011

Les régimes qui prennent les devants politiques








Les régimes qui prennent les devants politiques


JORDANIE
Type de régime : monarchie constitutionnelle parlementaire.
Roi : Abdallah II, au pouvoir depuis 1999, après avoir succédé à son père
Contestation : immolations, manifestations
Position géo-stratégique : pays allié des Etats-Unis

Les manifestations, plutôt axées sur les revendications sociales et le coût de la vie, ont commencé courant janvier, dans la foulée de la contestation tunisienne. Abdallah II a pris les devants face à ses protestataires en changeant le gouvernement début février. Le nouveau Premier ministre a rencontré les partis d'opposition tolérés, les syndicats et les islamistes. Mais ces derniers ne sont pas satisfaits et exigent des réformes en profondeur. Les défilés, rassemblant généralement entre 2.000 et 3.000 personnes, se poursuivent de manière régulière à Amman, la capitale. Mais pour l'instant, leur cible reste le gouvernement, pas le roi.

YEMEN
Type de régime : république
Président : Ali Abdullah Saleh, au pouvoir depuis 1978
Contestation : immolations, manifestations
Position géo-stratégique : pays allié des Etats-Unis

Au pouvoir depuis 1978 dans une république qui n'en porte que le nom, Ali Abdullah Saleh a aussi pris les devants après les premières manifestations de la mi-janvier, dans plusieurs endroits du pays. Il a ainsi annoncé qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat (le sien arrive à expiration en 2013) et le report des élections législatives prévues pour le 27 avril, dont la tenue était contestée par l'opposition. Celle-ci a ensuite stoppé sa participation au mouvement de protestation et des discussions sont en cours pour trouver un compromis. Ce sont donc essentiellement des étudiants et des membres de la société civile qui poursuivent le mouvement. Les heurts avec la police sont souvent violents.

ALGERIE
Type de régime : république
Président : Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999
Contestation : immolations, manifestations
Position géo-stratégique : pays allié aux Occidentaux dans la lutte contre l'islamisme

Depuis plusieurs années, le pays est victime d'émeutes sporadiques contre les conditions de vie. Le week-end des 7-8 janvier, alors que la Tunisie se révoltait et avant même la chute de Zine Ebedine Ben Ali, de nouvelles émeutes sociales, contre la vie chère, avec en première ligne la jeunesse du pays, ont fait cinq morts. La contestation a ensuite faibli.

A l'instar de plusieurs autres dirigeants arabes, Abdelaziz Bouteflika, qui craint une exploitation par les islamistes, a pris les devants en annonçant notamment la levée imminente de l'état d'urgence, instauré en 1992, et l'ouverture du champ audiovisuel aux différentes sensibilités politiques.

Algérie Abdelaziz BouteflikaCela n'a pas empêché l'organisation, samedi 12 février, d'une grande marche organisée à l'appel de la coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNDC). Elle a attiré environ 2.000 personnes à Alger, malgré l'interdiction. La répression a été brutale, comme en province. Une nouvelle marche est annoncée pour le samedi 19.





Les pays où le régime attend la suite


SYRIE
Type de régime : république
Président : Bachar al-Assad, au pouvoir depuis 2000 après avoir succédé à son père
Contestation : quelques tentatives de manifestations
Position géo-stratégique : pays opposé aux Etats-Unis

bachar al-assadUn appel à manifester contre la "monocratie, la corruption et la tyrannie", lancé via Facebook, n'a pas fonctionné le 4 février. La police semble il est vrai prête à réprimer toute manifestation et à couper Facebook si besoin. Des personnalités de la société civile, comme l'opposant Michel Kilo ou le cinéaste Omar Amiralay, ont affirmé dans un communiqué, le premier du genre depuis 2006, que le peuple syrien aspirait lui aussi "à la justice, à la liberté".

Seule "ouverture" : Bachar al-Assad affirme vouloir "poursuivre le changement au niveau de l'Etat et des institutions", sans préciser de quoi il s'agit. Malgré la forte prédominance des services de sécurité, les experts estiment que Bachar el-Assad n'est pas à l'abri d'une révolte sociale en raison des conditions de vie difficiles.


MAROC
Type de régime : monarchie constitutionnelle
Roi : Mohammed VI, au pouvoir depuis 1999, après avoir succédé à son père
Contestation : plusieurs immolations, dont au moins un mort, appel à manifester
Position géo-stratégique : pays allié aux Occidentaux

Plusieurs immolations ont eu lieu depuis mi-janvier. Mais aucune manifestation notable n'a été signalée, à l'exception de défilés de soutien, finalement interdits, aux protestataires tunisiens puis égyptiens. De jeunes Marocains ont cependant lancé sur Facebook un appel à des manifestations pacifiques le 20 février pour une "large réforme politique". Et un débat s'amplifie sur le web sur l'opportunité ou non de changements. Le mouvement islamiste Justice et bienfaisance, considéré comme l'un des plus importants du Maroc, demande également un "changement démocratique urgent" et à "l'établissement de mécanismes mettant fin à l'autocratie".

mohammed VI marocMalgré l'attachement des Marocains à la royauté et à Mohammed VI, apprécié, les observateurs estiment que le pays est pour l'instant l'un des plus sujets à une révolte en raison des difficultés sociales et des disparités économiques. Les médias espagnols affirment même que des troupes affectées dans le Sahara occidental ont été redéployées pour parer à d'éventuelles manifestations dans des villes marocaines. Information vivement démentie.

Seule indice notable que le gouvernement prend néanmoins la situation au sérieux : il a annoncé le maintien de subventions sur les produits de base comme la farine, le sucre, l'huile et le gaz butane afin d'éviter que leurs prix ne flambent.


SOUDAN
Type de régime : république
Président : Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 1989
Contestation : manifestations
Position géo-stratégique : pays opposé aux Etats-Unis

Le gouvernement de Khartoum a réprimé les manifestations sporadiques, sur fond de tensions politiques et économiques, appelant au changement ces dernières semaines.


Les régimes qui prennent les devants sociaux

BAHREIN
Type de régime : monarchie
Roi : Hamad bin Isa Al Khalifa, au pouvoir depuis 2002
Contestation : petites manifestations
Position géo-stratégique : pays allié des Etats-Unis

Le gouvernement a pris des mesures pour soutenir le prix des denrées alimentaires, aider les familles nécessiteuses et renforcer la couverture sociale dans cette monarchie la moins nantie du Golfe. Quelques manifestations, organisées via Internet, ont eu lieu le 14 février.

MAURITANIE
Type de régime : république
Président : Mohamed Ould Abdel Aziz, au pouvoir depuis 2009
Contestations : petites manifestations
Position géo-stratégique : pays allié aux Occidentaux dans la lutte contre l'islamisme

Les autorités ont annoncé une baisse de 30% des prix de produits de première nécessité.


LIBYE
Type de régime : république
Président : Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 1969.
Contestation : appels à manifester
Position géo-stratégique : pays opposé aux Etats-Unis

kadhafi tenteBordée au nord-ouest par la Tunisie, à l'Est par l'Egypte, à l'Ouest par l'Algérie, la Libye a pris des mesures préventives en rétablissant des subventions sur des biens de première nécessité et en facilitant l'accès de la population à des crédits sans garantie et sans intérêts.

Des appels à manifester contre la corruption et le népotisme ont néanmoins été lancés sur Facebook pour le 17 février.

A noter que Mouammar Kadhafi a officiellement soutenu la révolte tunisienne, en expliquant que Ben Ali était inféodé aux Occidentaux.


Les régimes où il ne se passe quasiment rien

ETATS DU GOLFE
Arabie saoudite, Koweït, Qatar, Emirats arabes Unis, Oman : quasiment aucune contestation dans ces monarchies ou sultanats, en dehors de quelques critiques sur Internet et d'une manifestation mineure à Oman le 17 janvier.

L'Iran touché ?

Sans être arabe, l'Iran occupe une place importante dans le monde arabo-musulman. Ironie de l'histoire : Mahmoud Ahmadinejad, président contesté, a salué les chutes de Zine Edebine Ben Ali et d'Hosni Moubarak. Mais lundi 14 février, ses opposants sont redescendus dans la rue, pour la première fois depuis plus d'un an. "Mort au dictateur", ont-ils lancé, avant d'être violemment dispersés par la police.

mardi 8 février 2011

Hubert Védrine : «Quelque chose de considérable a commencé en Tunisie...»

Ecrit par
Jacques HUBERT-RODIER
Jacques HUBERT-RODIER
Editorialiste diplomatique Les Echos

La révolution tunisienne a provoqué une véritable onde de choc dans l'ensemble du monde arabe. Après l'Egypte, voyez-vous le mouvement se propager à d'autres pays ?

Ce qui a commencé en Tunisie est le début de quelque chose de considérable qui va s'étendre sur des années. Cela concerne le monde arabe, et au-delà tous les pays corsetés par des régimes autoritaires ou devenus insupportables, en Asie centrale, en Afrique, voire un pays comme l'Albanie... Mais il est encore trop tôt pour dire comment tout cela va tourner. Le monde arabo-musulman n'est pas homogène. En outre, l'hypothèque islamiste n'est pas encore levée : lorsque le Shah d'Iran a été renversé en 1979, la plupart des démocrates, le président américain Jimmy Carter en tête, pensaient que cela allait faire naître la démocratie en Iran. On sait ce qui s'est passé. Ce précédent pèse, incontestablement, même s'il faut tout faire pour dépasser cette fatalité.

La Tunisie est d'ores et déjà entrée dans une phase de transition. Selon vous, le chemin vers la démocratie sera-t-il long ?

Cela peut prendre des années ! Dans l'histoire des pays européens, à travers des révolutions et des contre-révolutions, cela a pris au bas mot un ou deux siècles. Tout va plus vite mais ce n'est toujours pas du café instantané. C'est un processus long, et cela peut déraper. Les Tunisiens ont admirablement franchi les premières étapes. Maintenant, ils doivent se mettre d'accord sur les conditions que devront remplir les partis islamistes pour participer aux élections et éventuellement au gouvernement. En fin de compte, on sera tout à fait sûr que la démocratisation est enclenchée lorsque les islamistes, quelque part, auront quitté le pouvoir après avoir perdu des élections.

Compareriez-vous les événements actuels à ce qui s'est passé dans l'ancien bloc soviétique après la chute du mur de Berlin ?

Les similitudes ne sont qu'apparentes. L'URSS dominait alors tout un système. Les attaques des dissidents, de Lech Walesa, de Jean-Paul II, ou des comités « Helsinki » n'auraient pas suffi à l'emporter s'il n'y avait pas eu le gigantesque fiasco économique, moral et politique du communisme soviétique. Et, bien sûr, Mikhaïl Gorbatchev. A partir de 1986, quand Gorbatchev, maître de l'URSS, a prévenu les dirigeants d'Europe de l'Est qu'il n'emploierait jamais la force pour maintenir leur régime, ils étaient condamnés, même s'ils ne le savaient pas encore. De ce point de vue, la « chute » du mur de Berlin n'a pas été un point de départ, mais une conséquence parmi d'autres. Ce n'est pas transposable aux événements actuels : aucune puissance totalitaire ne contrôle le monde arabe et ne peut prendre une décision d'ensemble ; les forces en présence ne sont pas les mêmes d'un pays à l‘autre.

Dans ces conditions, quel doit être le rôle des pays occidentaux ?

Définissons une stratégie d'accompagnement constructif et positif. Faisons-le sans ingérence ni paternalisme. Soyons disponibles pour répondre à leurs demandes. Préparons-nous à un long processus, qui va connaître des coups d'arrêt et des rebonds.

Concrètement, par quoi doit se traduire cet « accompagnement » ?

Il faut trouver les mots justes et au bon moment, pays par pays. C'est la quintessence de la diplomatie. Il faut être en contact avec toutes les forces en présence. N'envoyons pas des experts, des juristes, des constitutionnalistes : les Tunisiens, comme les Egyptiens, ont tout ce qu'il faut. Nous n'avons pas non plus à leur dire comment gérer leurs élections, si les islamistes peuvent ou non participer... C'est à eux de décider. Sur le plan économique, nous pouvons aider -je parle de la Tunisie -en soutenant leur industrie textile, en maintenant les flux touristiques, en concluant la négociation sur le « statut avancé » avec l'Union européenne, en contrebalançant la réaction étroite et apeurée des agences de notation. Cela dépendra des cas : en Egypte, seuls les Américains ont des leviers. N'oublions pas de toute façon que si les pays occidentaux sont toujours riches et puissants, ils ne gouvernent plus le monde. Cela, il faut bien se le mettre dans le crâne. Nous devons changer de ton, de posture...

Dans ce contexte particulièrement mouvant, la menace islamiste vous inquiète-t-elle?

Il y a, à l'intérieur du monde musulman, un gigantesque bras de fer, un affrontement historique, entre des forces modernistes, pas très nombreuses, et une minorité assez forte de fondamentalistes, religieux ou politiques, dont une infime partie dégénère en terroristes. Ces deux camps se battent pour le contrôle de la masse centrale des musulmans. C'est une bataille énorme, qui est loin d'être finie. Il serait bien naïf de l'ignorer. A titre personnel, je pense plutôt que les modernistes finiront par l'emporter, mais quand ? Le monde arabo-musulman a le sentiment qu'il a vécu un siècle « pour rien ». Le modernisme des années 1930 n'a pas marché. Pas plus que le nationalisme, le nassérisme ou le libéralisme. Une partie du monde arabe s'est donc repliée sur ses valeurs profondes, sur l'Islam, convaincue qu'il n'y a pas d'alternative.

A vos yeux, quelles sont aujourd'hui les principales menaces pour la planète ?

La seule vraie menace pour l'ensemble de l'humanité, c'est le compte à rebours écologique. L'Europe s'est focalisée sur le changement climatique. Les Etats-Unis, non. Ni les pays émergents, qui contestent nos injonctions, au nom d'une sorte de rancune historique. Mais il y a aussi l'effondrement de la biodiversité. Il faut dépasser notre système économique prédateur, flanqué d'un peu de croissance verte. La réponse, c'est une « écologisation du monde », qui transformera en vingt ou trente ans l'industrie, l'agriculture, l'habitat, l'énergie, les transports...

La fin du monopole occidental suppose un nouvel ordre mondial, du fait de l'émergence d'autres puissances. Comment faire fonctionner ce système multipolaire ?

Il n'y a pas de vrai « système », ou alors très instable. Le droit international parle d'un monde multilatéral entre 192 Etats souverains et égaux. Vision idéale. L'Europe est ingénue, elle croit beaucoup à la « communauté internationale ». Le monde des Bisounours en quelque sorte ! Mais le monde multipolaire est un monde de compétition effrénée. Si les Etats-Unis restent la première puissance, et plus « l'hyperpuissance » que j'avais photographiée dans les années 1990, il y a maintenant la fusée chinoise, mais aussi l'Inde, toujours le Japon, même stagnant, le Brésil, la Russie qui veut revenir, l'Europe peut-être, si les Européens se mettent d'accord. Mais ce sont des pôles qui ne sont pas au même niveau. Derrière, il y a plus d'une vingtaine de puissances émergentes dynamiques. Comme le disent Brent Scowcroft et Zbigniew Brzezinski, c'est la première fois dans l'histoire du monde que tous les peuples sont politiquement actifs. Personne ne gère tout cela ! Bien sûr, l'existence du G20 est une bonne chose. Mais ce n'est qu'une enceinte, pas le gouvernement du monde.

Au final, l'équilibre des forces ne se résume-t-il pas au G2, autrement dit à un face-à-face entre la Chine et les Etats-Unis ?

C'est plus compliqué que cela. Quelle que soit leur puissance, la Chine et les Etats-Unis peuvent empêcher les autres de leur imposer quelque chose, mais ne peuvent pas non plus imposer leur volonté propre au reste du monde. Malgré sa croissance phénoménale, la Chine aura des problèmes. En outre, qui peut dire ce que sera son régime politique dans vingt ans ? En fait, les deux pays sont plutôt liés par leurs problèmes communs, leur dépendance mutuelle plus ou moins conflictuelle, que par une capacité à gérer les affaires du monde.

Que pèse l'Europe dans ce nouveau paysage géopolitique ?

Sur le papier beaucoup. Mais les Européens ne sont pas clairement d'accord entre eux sur ce que l'Europe doit devenir. On voit se creuser un fossé entre d'un côté des élites économiques plutôt fédéralistes - et bien relayées dans les médias -, et de l'autre, un public qui renâcle. Entre les deux, des gouvernements prudents qui veillent à leurs intérêts -voyez Mme Merkel qui entend définir les règles de la zone euro. Les élites ne voient qu'une issue : « Toujours plus d'Europe ! » Cette fuite en avant est vouée à l'échec. Les citoyens d'Europe souffrent déjà d'un sentiment de dépossession démocratique. Ce qu'ils veulent, ce n'est pas une Europe plus fédérale, de nouvelles pertes de souveraineté. Ils veulent simplement que l'Europe défende leurs intérêts dans la grande bataille du monde.

Quelles solutions préconisez-vous pour répondre à ces attentes ?

L'Europe est devenue anxiogène. Pour inverser cette tendance, il faut trois clarifications. Sur le plan institutionnel, une pause. Nous ne ferons pas les « Etats-Unis d'Europe » car les peuples européens sont différents. En revanche, on peut imaginer une sorte de confédération d'Etats-Nations si l'on raisonne à 27, et une fédération d'Etats-Nations pour la zone euro. Dans ce cadre-là, efforçons-nous de définir des politiques économiques communes, harmonisées. Il faudra ensuite stabiliser géographiquement l'Union européenne. Vivre dans un ensemble gazeux qui se dilate à l'infini est angoissant ! On pourrait fixer tout de suite la liste des pays qui ont encore vocation à adhérer - dont la Turquie, si elle est prête un jour, puisque l'on a ouvert des négociations avec elle -, et définir une fois pour toutes les limites. Quand cela sera fait, l'élargissement sera terminé et « l'Europe » sera constituée. Enfin il faut clarifier la place de l'Europe dans le monde. Que voulons-nous ? Etre une grosse ONG multipliant les déclarations sur les droits de l'homme et distribuant de l'aide ? Ou une véritable puissance ?

Propos recueillis par Daniel Fortin, Jacques Hubert-Rodier et Pascal Pogam, Les Echos

mercredi 2 février 2011

Vers un soulèvement populaire général du monde arabe?

Vers un soulèvement populaire général du monde arabe?

L’éditorial de Jérome Bourbon, à lire intégralement dans le numéro en vente en kiosque le 4 février.

Après la Tunisie, l’Egypte. Où et quand s’arrêtera cette révolution populaire arabe?Les émeutes qui ont commencé il y a quelques semaines à Tunis et qui ont conduit à la fuite du président Ben Ali, après vingt-trois ans de règne sans partage, atteignent désormais l’Egypte. Le 1erfévrier deux millions de manifestants sont descendus dans les rues des villes pour réclamer le départ du président Hosni Moubarak, 82 ans, au pouvoir depuis trente ans. Quelque 500 000 personnes se sont massées sur la place Tahrir, dans le centre du Caire, à l’occasion de cette «marche du million» destinée à accentuer la pression sur le vieux raïs. Dans les différents cortèges les slogans hostiles à l’actuel président étaient légion : «Moubarak, réveille-toi, c’est ton dernier jour!», «Moubarak, pars en Arabie ou à Bahreïn!», «On ne veut pas de toi, on ne veut pas de toi!», «Révolution, Révolution jusqu’à la victoire», «Dehors Moubarak, ta tête va tomber», «Moubarak, lâche, agent des Etats-Unis!»…
Quelles sont les raisons qui expliquent l’ampleur et la soudaineté de tels mouvements populaires de Tunis au Caire? Les conditions économiques et sociales difficiles sont un facteur important, surtout d’ailleurs en Egypte où un grand nombre d’habitants vivent dans la misère et ne souffrent plus d’être (mal) dirigés par des hommes autoritaires, corrompus, usés car depuis plusieurs décennies au pouvoir et qui, eux, ont des trains de vie de nabab. Autre motif essentiel, l’hostilité à l’égard de régimes jugés pro-américains et pro-israéliens. Ce n’est pas un hasard si les Frères musulmans jouent un rôle très important dans l’insurrection populaire au Caire. L’Egypte de Moubarak est en effet l’allié objectif des Etats-Unis et d’Israël. Or, l’entité sioniste qui a déjà perdu la Turquie comme amie depuis l’affaire de la flottille ne peut accepter facilement que le pays des pharaons installe à sa tête un régime hostile. C’est sans doute la raison pour laquelle Moubarak semble actuellement plus soutenu par la communauté internationale que Ben Ali.

Les Etats-Unis et l’État hébreu craignent ces mouvements de rue dont ils ne savent pas sur quoi ils peuvent déboucher. C’est pourquoi ils essaient de les accompagner, de les neutraliser et de les récupérer. Ils ont lâché très vite le président tunisien Ben Ali qui a toutefois trouvé refuge en Arabie séoudite, allié de l’Oncle Sam. En Egypte le mouvement prend d’autant plus d’ampleur que l’armée qui y détient le pouvoir ne semble plus totalement aux ordres de Moubarak. Le 31janvier, au huitième jour d’une révolte ayant fait au moins 125 morts (l’ONU avançait le chiffre de 300 victimes), elle a jugé “légitimes” les revendications du peuple et s’est engagée à ne pas faire usage de la force contrairement à ce qui avait été fait les jours précédents. L’on pouvait voir le 1erfévrier cette scène surréaliste: des soldats, pour certains perchés sur des véhicules blindés constellés de graffiti anti-Moubarak, souriaient et opinaient tandis que la foule criait: «Le peuple et l’armée sont main dans la main.»
Pas plus qu’en Tunisie, le changement de gouvernement annoncé par le raïs égyptien n’a pour l’heure réussi à apaiser les mécontentements, non plus que son allocution télévisée mardi soir où il a affirmé sa volonté d’achever son mandat— qui expire en septembre— mais de ne pas en solliciter un nouveau. La veille, c’était le tout nouveau vice-président, Omar Souleimane, qui lançait un appel au dialogue avec toutes les forces politiques du pays. Mais pour l’instant en vain. «La révolution n’acceptera pas Omar Souleimane, même pour une période de transition. Nous voulons un nouveau dirigeant », déclarait ainsi Mohamed Saber, militant des Frères musulmans. L’opposant Mohamed ElBaradeï, rentré d’Autriche la semaine dernière, a demandé le 1erfévrier à Hosni Moubarak d’abandonner le pouvoir et de quitter l’Egypte, afin d’éviter un bain de sang. Le 2 février, l’armée appelait les manifestants à mettre fin à leurs actions mais actuellement le peuple égyptien semble résolu à ne rien céder. Le conflit n’est donc pas terminé et pourrait peut-être s’exporter dans d’autres pays arabes au grand dam de Washington et de Tel Aviv qui ont l’habitude dans cette région du monde d’avoir pour interlocuteurs de simples marionnettes. A moins que, comme souvent, ils ne finissent par retourner la situation à leur avantage
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lundi 31 janvier 2011

Quelles perspectives de changement dans le monde arabe ?

Par :
spirit of sumud

La révolution du jasmin en Tunisie n’a sans doute pas encore livré tous ses secrets ni accouché de toutes ses promesses. Mais d’ores et déjà, tous les analystes sont unanimes pour s’accorder à prévoir une onde de choc de cette révolution dans le monde arabe. La sur-médiatisation d’un évènement de cette ampleur ne saurait laisser indifférents les peuples de la région qui sont confrontés aux abus quotidiens d’un régime politique quasi-identique par-delà les différences de forme et de degré.

Si l’aspiration populaire au changement démocratique dans le monde arabe est légitime et indiscutable comme l’illustrent les nombreuses réactions de l’opinion publique arabe au lendemain de la chute du dictateur tunisien, de nombreuses questions demeurent posées et nécessitent des réflexions sérieuses si on veut que le changement politique qu’appelle tôt ou tard l’histoire soit à la hauteur des attentes populaires.

Le scénario tunisien est-il exportable ?

Dans une région où les énormes sacrifices des populations déjà éprouvées par la misère et la terreur n’ont suffi ni à endiguer l’invasion et l’occupation étrangères ni à empêcher la reconduction de régimes autoritaires et corrompus, la révolution du jasmin a de quoi séduire. Si les dizaines de victimes de la répression sont à déplorer, il n’en demeure pas moins que le changement en Tunisie –qui n’a pas encore livré tous ses fruits- a été relativement pacifique et c’est peut-être une de ses plus belles leçons. Cependant, cet aspect, si important, ne doit pas occulter les particularités historiques du processus de changement à l’œuvre en Tunisie.

Pour comprendre ce qui s’est passé en Tunisie et évaluer les similitudes et les différences avec la situation qui prévaut dans d’autres pays arabes, il est important de rappeler quelques éléments structurels :

1. Le régime maffieux du clan Ben Ali et de sa belle-famille, s’il a constitué la partie la plus visible et la plus hideuse du système n’en a pas moins contribué à l’affaiblissement de la base sociale de ce dernier y compris au sein de la bourgeoisie et de la bureaucratie tunisienne comme l’illustre la facilité avec laquelle le dictateur a perdu la confiance de ses généraux ;

2. Bien avant le soulèvement populaire, et comme l’ont si bien illustré les fuites de Wikileaks, les Américains ont montré qu’ils étaient excédés par les pratiques maffieuses du clan Ben Ali qui ont fini par constituer un facteur de mécontentement au sein des élites et donc un facteur d’instabilité politique et c’est ce qui explique la facilité avec laquelle les Américains ont lâché le régime de Ben Ali dès qu’ils se sont convaincus de la détermination du peuple tunisien ;

3. Mais les Américains ne sont pas fous. S’il est clair aujourd’hui que leur attitude, discrète mais efficace, a pesé lourdement dans la neutralité des chefs de l’armée, ce n’est certainement pas pour des raisons idéologiques ni pour les beaux yeux du peuple tunisien. La diplomatie américaine a pu, sans grand risque, jouer la carte du changement démocratique parce que ses contacts sur place ont fini par la convaincre qu’il existe des élites bourgeoises capables de négocier ce tournant au mieux de leurs intérêts communs. Il faut ajouter à cela le fait que la Tunisie, par sa pauvreté en matières premières et énergétiques et par son éloignement géographique de l’Etat d’Israël, ne bénéficie pas d’un statut stratégique dans l’architecture régionale de la diplomatie américaine ;

4. Le rappel du rôle actif joué par la diplomatie américaine dans le changement en Tunisie ne doit pas servir de caution à la fameuse théorie du complot ni à minimiser le rôle joué par l’insurrection du peuple tunisien. Si le changement a été possible et rapide, c’est aussi parce que la société tunisienne renferme des ingrédients sociaux et politiques favorables au changement démocratique mais aussi des élites capables, par delà leur diversité, de porter ce changement. Ce n’est pas un hasard si dès le début du soulèvement populaire, les robes noires et les blouses blanches ont été aux côtés de leur peuple et ont courageusement accompagné son mouvement insurrectionnel.

La maturité politique des élites tunisiennes et leur capacité à s’opposer au pouvoir n’est pas le fruit du hasard mais relève de facteurs sociologiques et historiques autrement plus puissants. Le modèle de développement tunisien, malgré les limites dues à son caractère de classes et sa dépendance, a été basé sur l’exploitation maximale des ressources du pays, à commencer par la ressource-travail. Cet élément capital ne peut que conforter le travail et le sérieux dans la reconfiguration du rapport social à la richesse et à l’autorité. Le fait de compter sur le tourisme, l’agriculture d’exportation et l’industrie de la sous-traitance, s’il ne manque pas d’engendrer des méfaits sociaux connus et dénoncés à juste titre, a permis de mettre au premier plan les valeurs du travail, de la discipline et de l’ouverture d’esprit, lesquelles ont contribué à façonner des élites et des mentalités aptes à concevoir un changement démocratique. Ce dernier ne résoudra sans doute pas tous les problèmes de société d’un pays comme la Tunisie. Le développement durable et solidaire qu’appelle de tous ses vœux le peuple tunisien n’est peut-être pas encore à l’ordre du jour mais si les élites tunisiennes arrivent à instaurer un Etat de droit démocratique, ce serait déjà une révolution dans ce pays, la première révolution vraiment démocratique dans le monde arabe. Il reste à savoir si tous ces éléments sociopolitiques se retrouvent dans les autres pays arabes pour pouvoir répondre à la question : le scénario tunisien est-il exportable ?

Egypte et Jordanie

L’onde de choc de la révolution tunisienne dans les autres pays reste le principal sujet de préoccupation des chancelleries occidentales. La réaction israélienne, rapide et épidermique, nous renseigne sur la dimension géopolitique du changement démocratique dans le monde arabe. Comme leurs porte-parole dans l’hexagone, les diplomates israéliens n’ont pas hésité à regretter la chute du régime de Ben Ali et à pointer du doigt la « menace islamiste ». Inutile de dire que ce qui les inquiète en Tunisie ne peut que les empêcher de dormir quand il s’agit de pays géographiquement plus proches comme l’Egypte et la Jordanie.

Ces deux pays ne partagent pas seulement la proximité géographique avec l’Etat d’Israël. Tous les deux ont fait une « paix séparée » avec l’Etat hébreu. Tous les deux sont dirigés par des régimes autoritaires et répressifs qui se perpétuent grâce au soutien actif, financier, politique et militaire des USA. Tous les deux mènent une politique économique et sociale libérale dictée par les institutions financières internationales et qui sert surtout les intérêts étroits d’une bourgeoisie compradore incapable d’assurer un minimum de vie digne aux populations.

Dans les deux pays, la doctrine de la « sécurité nationale » sert de prétexte pour museler les libertés de la société civile et l’opposition politique même s’il y a des différences notables entre les deux pays. En Jordanie, il y a une vie parlementaire limitée et une relative liberté de presse. L’opposition nationaliste et islamiste est représentée au parlement. Le Front d’action islamique (vitrine politique des Frères musulmans) participe aux élections et est représenté au parlement mais tous ces aspects ne peuvent cacher le fait qu’il s’agit d’une démocratie sous contrôle. La spécificité démographique du pays qui compte une majorité de la population d’origine palestinienne (60% environ) ne saurait laisser indifférent ni le régime ni le voisin israélien ni l’Administration américaine.

En Egypte, le caractère autocratique du régime Moubarak ressemble à celui du dictateur tunisien déchu. Les notes diplomatiques publiées par Wikileaks ne s’y trompent pas. Les commentaires concernant les deux pays se ressemblent fort. Dans les deux cas, il s’agit d’une famille qui rançonne le pays par des pratiques maffieuses et qui a des ramifications au sein d’une bourgeoisie affairiste sans scrupules. Les chefs de l’armée et des services de renseignement ne semblent pas enchantés par la perspective d’une reproduction familiale du pouvoir au moyen d’une « élection » arrangée de Jamal Moubarak et ce fait ne saurait échapper à l’attention vigilante des Américains.

Si le fils Moubarak semble bénéficier du soutien de quelques grandes familles du business comme Sawiris (le patron du groupe ORASCOM) et Al Izz (le premier magnat de la sidérurgie au Moyen Orient) en vue de réaliser ses ambitions présidentielles, il n’est pas dit que l’ensemble de la bourgeoisie égyptienne soit du même avis surtout les fractions lésées par les pratiques monopolistiques et maffieuses des magnats qui ont fait main basse sur l’Egypte. Si une partie de la bourgeoisie égyptienne ne peut que se sentir à l’étroit dans le régime étouffant des Moubarak, les choses sont encore plus nettes au sein des élites de la société civile dont les frustrations accumulées tout au long de ces trente dernières années constituent le meilleur argument pour un changement démocratique.

Les manifestations qui ont eu lieu le 25 janvier dans une dizaine de villes et qui ont rassemblé une centaine de milliers de personnes à l’appel de réseaux sociaux de la société civile illustrent parfaitement cette tendance avec laquelle il faut désormais compter. Le mouvement spontané de contestation sociale du régime Moubarak et qui a sur faire le lien entre les questions sociales et la question du changement démocratique saura-t-il durer dans le temps et saura-t-il accoucher d’une révolution démocratique comme en Tunisie ?

Si en Tunisie le soulèvement populaire a pu constituer l’étincelle de l’ébranlement des élites tunisiennes et du retournement opportuniste de la diplomatie américaine, toutes deux prêtes pour un changement démocratique – du moins un changement contrôlé- il n’en va de même en Egypte qui reste un des piliers de l’ordre régional made in USA. Les Américains regarderont par deux fois avant de donner leur aval au changement. Les enjeux géopolitiques priment ici sur les enjeux sociopolitiques internes. Contrairement aux idées reçues, la diplomatie américaine est loin d’être un adepte de l’immobilisme à tout prix. Un régime aussi caricatural peut même constituer un danger à long terme pour ses intérêts stratégiques. C’est pourquoi elle pourrait s’adapter à un changement démocratique pour autant que ce dernier ne vienne pas à mettre par terre son projet de pax americana dans la région.

Dans ces conditions, que reste-t-il comme perspectives de changement en Egypte et en Jordanie ? Les Israéliens

l’ont dit explicitement. Si un triomphe peu probable des islamistes en Tunisie les dérange, imaginons ce qu’il en serait en Egypte ou en Jordanie. Les dernières déclarations de dirigeants israéliens nous renseignent sur la ligne rouge que le changement démocratique dans ces pays ne saurait franchir. Pour le premier ministre israélien, le triomphe des islamistes en Egypte signifierait la fin du traité de paix de Camp David, pas moins ! En langage diplomatique, c’est une déclaration de guerre qui n’ose pas dire son nom !

Si le changement démocratique et social qui correspond aux aspirations profondes des peuples égyptien et jordanien ne saurait être déconnecté des enjeux géopolitiques régionaux au premier rang desquels il faut mettre l’existence de l’Etat colonial d’Israël, ce qui demeure une perspective lointaine, cela signifie-t-il que ces sociétés sont condamnées à l’immobilisme et à l’arbitraire des régimes en place ? Non, de nombreux indices militent en faveur d’un changement, peut-être plus modeste que celui nous souhaitons, mais un changement quand même ! La révolution tunisienne ne pourra que favoriser les perspectives d’un changement plus que probable.

En Egypte, la perspective de voir le régime se perpétuer par l’entremise d’une « élection » arrangée de Jamal Moubarak ne va pas de soi surtout qu’elle ne rencontre les faveurs ni des chefs de l’armée ni des élites égyptiennes. Si la diplomatie américaine sera ici plus prudente que dans le cas tunisien où les enjeux étaient moins cruciaux, cela ne veut pas dire qu’elle bloquera tout changement si le peuple égyptien descendait dans la rue avec le soutien des élites de la société civile (médecins, avocats, ingénieurs, enseignants et étudiants). L’inconnue majeure reste la capacité des forces du changement en Egypte à négocier ce délicat tournant en faisant la synthèse des aspirations populaires minimales à la liberté et à la dignité et les assurances diplomatiques que les contraintes stratégiques devraient leur dicter dans leurs rapports avec la puissance américaine.

Il n’y va pas seulement des perspectives de changement. Il y va aussi de la sécurité et de la paix civile en Egypte. Si le peuple égyptien n’est pas assez fort pour imposer la solution nationale qui sied à ses aspirations historiques profondes laquelle demande un contexte national, régional et international autrement plus favorable mais si en même temps il se laisse entraîner par des aventuriers verbeux et inefficaces, le risque serait grand de voir des puissances hostiles manipuler la poudrière sociale et les différences confessionnelles pour semer le chaos et briser l’élan de redressement salvateur que tous les peuples arabes souhaitent au peuple égyptien.

Des indices politiques apparus ces derniers mois sur la scène égyptienne permettent de cultiver un optimisme mesuré. Après de longs mois de tergiversations, au demeurant compréhensibles, les Frères Musulmans égyptiens ont compris l’intérêt de se ranger derrière Mohamed Al Baradei qui représente sans aucun doute le candidat potentiel le plus crédible face au clan des Moubarak. Bénéficiant d’un crédit à l’intérieur dans les rangs de la bourgeoisie nationale, des élites et des chefs de l’armée, Al Baradei a aussi pour lui le fait de ne pas effrayer les Américains, ce qui n’est pas rien par les temps qui courent.

Les Frères musulmans égyptiens qui demandaient auparavant à Al Baradei de leur promettre un changement constitutionnel permettant la légalisation de leur mouvement sitôt arrivé au pouvoir ne font plus ce préalable et ont montré une grande maturité politique qui dénote aussi un sentiment patriotique élevé. La manifestation populaire du 25 janvier, qui augure de l’entrée fracassante de la société civile égyptienne, constituera-t-elle le catalyseur de ces tendances du changement démocratique qui travaillent en profondeur la société égyptienne ?

Malgré la similitude des situations égyptienne et tunisienne, le changement qui pourrait s’esquisser en Egypte ne pourra pas dépasser certaines limites imposées par le statut géopolitique de ce grand pays dans l’architecture impériale du grand Moyen Orient mais les perspectives en termes de développement et de démocratisation pourraient favoriser à long terme la renaissance tant attendue de l’Egypte et dont dépend pour une large part la réalisation de l’aspiration de tous les peuples de la région à une paix juste et durable qui passe par le rétablissement du peuple palestinien dans ses droits nationaux inaliénables.

C’est cette même prudence que dictent aussi bien la complexité géopolitique régionale que la maturité politique des élites qui explique les positions de l’opposition nationale et islamiste jordanienne qui sait que le fait de brusquer les choses peut parfois se retourner contre le changement souhaité.

Soudan

Dans le Soudan voisin, les agendas internationaux à caractère géopolitique ont pris de vitesse l’aspiration au changement démocratique du peuple soudanais. La manipulation israélo-occidentale de l’aspiration du su à l’autodétermination, à la liberté et au développement, a réussi, aidée en cela par l’irresponsabilité criminelle d’un pouvoir nordiste, sourd aux appels à la liberté, à la justice et à l’égalité des populations d’un sud marginalisé et méprisé. L’entêtement de tous les régimes soudanais qui se sont succédés depuis l’indépendance dans une politique anti-nationale et anti-démocratique a donné du grain à moudre à une opposition politico-militaire sudiste ouvertement soutenue par Israël dans le but géopolitique évident de renforcer la ceinture de sécurité des Etats africains hostiles à l’Egypte et capables le moment venu de jouer le rôle qui leur est dévolu : boucher les sources du Nil en vue d’assoiffer le peuple égyptien et contrarier son développement.

La perspective de la sécession du sud du Soudan est porteuse de tous les extrêmes. Elle peut accélérer la chute du régime du général Al Bachir comme elle pourrait renforcer la solidarité du nord autour du régime. Mais dans tous les cas de figure, outre les enseignements utiles pour d’autres pays arabes promis à des scénarios similaires par des officines actives, la question du changement démocratique restera à l’ordre du jour tant elle conditionne la capacité des sociétés à relever les défis d’une véritable indépendance nationale et d’un véritable développement durable et solidaire. Malgré l’autoritarisme du régime et la pauvreté du pays, le Soudan possède des élites civiles et politiques remarquables. Libérées du chantage au séparatisme du sud qui était utilisé par le régime pour les réprimer, elles constitueront désormais un catalyseur certain pour le changement souhaité.

Syrie

Dans la configuration géopolitique régionale, l’autre pays qui compte énormément pour Les USA et leur allié israélien reste bien entendu la Syrie. Le refus d’entrer dans une paix séparée, à l’instar de ses voisins égyptien et jordanien, et son entêtement à servir de refuge pour les organisations de la résistance palestinienne qui refusent de suivre l’Autorité de Mahmoud Abbas dans sa capitulation devant l’occupant, suffisent à mettre La Syrie sur la liste noire des régimes indésirables. Certes, en matière d’autoritarisme et de clientélisme, le régime baathiste syrien n’a rien à envier à ses pairs arabes. Comme la plupart des régimes de la région qui jouent la carte de la division ethnique et/ou confessionnelle, le régime syrien sait marier rhétorique nationaliste panarabe et politique clanique fondée notamment sur une alliance des minorités confessionnelles alaouite et chrétienne.

Les réformes économiques libérales initiées depuis plus d’une décennie ont réussi à amadouer une partie de la bourgeoisie commerciale des villes issue dans sa majorité de musulmans sunnites. Malgré leur hostilité affichée au régime, Américains et Israéliens n’ont pas dépassé, jusqu’ici, une certaine ligne rouge. Humilié au Liban lorsqu’il a été obligé de se retirer de ce pays dans le sillage d’une « révolution orange » soutenue ouvertement par la France et les USA, le régime syrien n’a pas été néanmoins déstabilisé outre mesure. Et pour cause. Les Américains n’ignorent pas que la principale force d’opposition organisée au régime baathiste est constituée par les Frères musulmans.

Si certains dirigeants des Frères ont leurs entrées au Congrès dans la perspective d’un compromis rendu inéluctable par des développements futurs, la diplomatie américaine ne peut parier sur un mouvement qui reste intraitable sur la question de la libération inconditionnelle du Golan et qui aurait du mal à convaincre sa base d’une paix séparée avec l’Etat d’Israël avant la résolution définitive de la question palestinienne. Reste l’autre perspective qui consiste à voir émerger un compromis historique entre le régime baathiste syrien et l’opposition islamiste sur la base d’un programme national-démocratique qui réponde à la fois aux aspirations populaires et aux exigences de la défense nationale contre les menaces israéliennes.

Cette perspective qui était impensable il y a quelques années est en train de gagner en réalisme à la faveur de la guerre d’invasion, d’occupation et de dislocation dont a été l’objet le voisin irakien qui a fait comprendre aux Syriens les dangers que font peser sur l’intégrité et l’unité nationales les différends internes qui tardent à trouver une solution démocratique.

Yémen

L’onde de choc de la révolution tunisienne est arrivée jusqu’au lointain Yémen où la population est sortie manifester son soutien à ses frères tunisien et réclamer des réformes démocratiques. Mais la particularité de ce pays marquée par un développement sociopolitique inégal entre le nord et le sud du pays et son statut de maillon faible dans l’architecture géopolitique régionale qui le met sous haute surveillance américaine, ne permettent pas d’entrevoir un changement radical dans l’immédiat. Le pouvoir concentré au nord du pays ne s’appuie pas seulement sur une alliance entre une oligarchie militaire corrompue et des confédérations tribales mais aussi sur l’appui direct des Américains dans la guerre contre le terrorisme comme l’a illustré la répression sanglante de la révolte « houthite ».

Cette dernière, soutenue par l’Iran, a été matée dans le sang par l’intervention conjuguée de l’armée yéménite et de l’armée saoudienne avec la participation d’un contingent marocain, le tout sous l’œil approbateur du protecteur américain. Si au sud du pays, la contestation sociale contient tous les ingrédients susceptibles de hâter un changement national-démocratique, il est difficile, dans les conditions actuelles, d’espérer une perspective qui ne replonge pas le pays dans une guerre de sécession que le peuple ne souhaite pas.

Pétromonarchies du Golfe

Dans les monarchies du Golfe, le mécontentement de larges secteurs d’une société conservatrice contre les excès d’une classe dominante dont l’attachement superficiel et hypocrite aux préceptes religieux n’a d’égal que la décadence morale et la servilité à l’égard de l’occupant américain se fait de plus en plus visible et commence à donner une assise à une opposition nationale et islamiste jusqu’ici isolée. Mais la manne pétrolière continuera à jouer un rôle d’amortisseur de ce mécontentement et la surveillance étroite des services de sécurité bénéficiant de l’encadrement américain constituera pour longtemps encore un solide rempart contre le changement qui ne saurait malheureusement venir de cette région.

Mohamed Tahar Bensaada
Enseignant-chercheur
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