mardi 8 février 2011

Algérie: l’opposition maintient sa marche malgré les mesures de Bouteflika

Algérie: lopposition maintient sa marche malgré les mesures de Bouteflika
L’opposition a décidé samedi de maintenir sa marche prévue le 12 février à Alger, malgré les mesures de libéralisation annoncées par le président Abdelaziz Bouteflika, un mois après des émeutes contre la vie chère qui avaient fait cinq morts en Algérie.

La Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), regroupant opposition et société civile et née dans la foulée des émeutes, avait appelé à cette manifestation pour demander notamment la levée de l’état d’urgence, en vigueur depuis février 1992.

Le maintien de cette marche intervient dans un contexte tendu en Afrique du Nord, avec la chute du régime Ben Ali le 14 janvier en Tunisie et d’importantes manifestations pour le départ du chef de l’Etat égyptien Hosni Moubarak.

Le président algérien avait promis jeudi une « levée de l’état d’urgence dans un très proche avenir », tout en annonçant l’ouverture des médias publics et diverses mesures réclamées par l’opposition et la société civile.

Mais pour la Coordination, ces annonces présidentielles sont insuffisantes.

« La marche a été maintenue. Elle aura lieu comme prévu le samedi 12 février à 11H00 (10H00 GMT) », a déclaré à l’AFP Tahar Besbès, député du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, opposition) à l’issue d’une réunion de la Coordination.

M. Bouteflika avait rappelé jeudi qu’Alger était interdite aux manifestations mais que des marches pouvaient être organisées ailleurs. Pour les autorités, l’interdiction des marches à Alger est justifiée par « des raisons d’ordre public ».

Les manifestations de rue sont interdites dans la capitale depuis le 14 juin 2001 quand une marche en faveur de la Kabylie avait tourné à l’émeute faisant huit morts et des centaines de blessés.

Outre le RCD, la CNCD regroupe la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) et des représentants de la société civile.

« Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de refus pour organiser notre marche de la part de la wilaya (préfecture) d’Alger, qui nous a demandé, mercredi dernier, de reformuler la demande », a déclaré le président de la LADDH Mustapha Bouchachi.

S’appuyant sur les exemples de Tunisie et d’Egypte, la coordination a adopté le slogan « système dégage », mettant l’accent sur les revendications économiques et sociales, dont le chômage des jeunes et la crise du logement, fréquemment à l’origine d’émeutes.

Le président Bouteflika « n’a pas annoncé de mesures concrètes. Il a juste exprimé l’intention du pouvoir de revoir l’état d’urgence qui sera compensé par une loi antiterroriste », a estimé M. Besbès, le député du RCD.

Une manifestation de ce parti avait déjà été empêchée par la police le 22 janvier au centre d’Alger.

Le Front de libération nationale (FLN, nationaliste), le Rassemblement national démocratique (RND, libéral) du Premier ministre Ahmed Ouyahia et le Mouvement de la société de la paix (MSP, islamiste), les trois composantes d’une alliance présidentielle, ont pour leur part salué ces mesures.

Des émeutes contre la vie chère avaient fait cinq morts, plus de 800 blessés, et d’importants dégâts matériels début janvier.

Depuis, au moins huit Algériens ont tenté de s’immoler par le feu et trois sont morts, à l’image du geste d’un Tunisien le 17 décembre qui avait déclenché la contestation dans le pays voisin

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algerie360

lundi 7 février 2011

Tunisie: les sanctions de l'UE contre Ben Ali entrent en vigueur

Abidine Ben Ali

Les sanctions adoptées par l'Union européenne à l'encontre de responsables tunisiens, dont le président Zine El Abidine Ben Ali actuellement en exil, sont entrées lundi en vigueur après la publication de la liste des intéressés par le Journal officiel de l'UE.

Approuvées le 31 janvier par les chefs de diplomatie des 27 pays membres de l'Union européenne, les "mesures restrictive ciblées" prévoient, entre autres, "le gel des fonds et des ressources économiques de certaines personnes responsables de détournements de fonds revenant à l'État tunisien et de personnes qui leur sont associées".

La liste compte au total 48 personnes, y compris l'ex-président Bel Ali et son épouse.

Document 1 -Règlement (UE) no 101/2011 du Conseil du 4 février 2011 concernant des mesures restrictives à l’encontre de certaines personnes, entités et organismes au regard de la situation en Tunisie

Document 2 - Décision d’exécution 2011/79/PESC du Conseil du 4 février 2011 mettant en œuvre la décision 2011/72/PESC concernant des mesures restrictives à l’encontre de certaines personnes et entités au regard de la situation en Tunisie

Engagées en décembre 2010, des manifestations populaires contre les mauvaises conditions de vie, la corruption et le chômage en Tunisie ont débouché, le 14 janvier, sur la chute du pouvoir. Le président Ben Ali s'est réfugié en Arabie Saoudite. Arrivé à la tête de l'Etat, le premier ministre Mohammed Ghannouch a abandonné la magistrature suprême au profit du président du parlement, Fouad Mebazaa, nommé chef d'Etat par intérim.

La "révolution de jasmin" a fait plus de 80 morts et des centaines de blessés. Le préjudice matériel est évalué à 1,6 milliard d'euros.

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RIA Novosti

Tunisie: les députés autorisent le président à gouverner sans eux

Les députés tunisiens ont massivement approuvé lundi une loi permettant au président de gouverner en contournant le parlement, pourtant dominé par l'ex-parti au pouvoir, après un avertissement du Premier ministre sur les "dangers" qui menacent la transition naissante.

Cette loi doit permettre au président intérimaire, Foued Mebazaa, de prendre des décrets concernant notamment l'amnistie générale, les textes internationaux relatifs aux droits de l'homme, l'organisation des partis politiques ainsi qu'une réforme du code électoral.

Pour cette première séance depuis la chute du président Ben Ali le 14 janvier, 195 des 214 députés étaient présents. 177 ont voté pour, 16 contre (des représentants des petits partis d'opposition légaux) et 2 élus du RCD, le Rassemblement constitutionnel démocratique de l'ex-président Ben Ali, se sont abstenus, a indiqué Lazhar Dhifi, le rapporteur de la commission des affaires sociales et des droits de l'homme qui a présenté le texte.

Le Sénat (chambre des conseillers) doit se prononcer mercredi sur ce texte qui doit être ratifié par le président Mebazaa, puis publié au journal officiel.

A l'ouverture du débat qui a duré cinq heures, le Premier ministre Mohammed Ghannouchi a appelé les députés sur le point de se saborder à voter ces pouvoirs "conformément à l'article 28 de la Constitution": "la Tunisie est confrontée à des dangers. Il y a des personnes qui veulent faire revenir la Tunisie en arrière mais nous devons honorer nos martyrs qui se sont battus pour la liberté".

"Le temps est précieux. Ces décrets-lois, la Tunisie en a vraiment besoin pour écarter les dangers", qui menacent les acquis de la révolution populaire, a-t-il martelé, alors que devant le palais du Bardo (siège de l'assemblée nationale) des centaines de personnes réclamaient la dissolution du parlement.

La bataille contre le RCD avait franchi un premier palier dimanche soir, avec l'annonce par le ministère de l'Intérieur de sa "suspension" avant une "dissolution" programmée et de plus en plus réclamée à travers le pays.

Dans son communiqué le gouvernement, qui depuis plusieurs jours évoque un "complot" rampant qui serait l'oeuvre d'hommes de mains payés par le RCD, a invoqué son "souci de préserver l'intérêt suprême de la nation et d'éviter toute violation de la loi".

Concrètement, l'intouchable parti du temps de Ben Ali, qui se targuait d'avoir 2 millions d'adhérents dans un pays de 10 millions de personnes, n'a pour l'instant plus le droit d'organiser de réunions ni de rassemblements, et tous ses locaux sont fermés.

Mais nombre de ses cadres noyautent encore les administrations et la police. Et l'opposition redoute que le RCD, seul parti à disposer de structures dans tout le pays, ne rafle la mise lors des élections prévues dans six mois.

Un délai jugé désormais trop court par un nombre croissant de formations politiques, y compris celles représentées au gouvernement.

Cette offensive anti-RCD intervient sur fond de fortes tensions dans diverses régions du pays (nord, sud et centre), alors que le gouvernement vient d'alléger le couvre-feu en vigueur depuis le 12 janvier, après un grand coup de balai à la tête de la police.

Les nominations récentes de 24 nouveaux gouverneurs de provinces ont du mal à passer. Dans plusieurs régions, des manifestants ont rapidement réclamé leur départ pour cause de "RCDisme".

Le gouverneur de Gafsa (centre-ouest) a ainsi dû quitter dimanche ses bureaux sous protection militaire.

Plus au nord, la ville du Kef a connu un week-end d'émeutes, orchestrées par le RCD selon de nombreux habitants. Deux personnes ont été tuées samedi par un commissaire de police, l'immeuble de la police a été incendié deux fois, et des pillards ont semé la panique.

© 2011 AFP

Les résultats du premier sondage d'opinion tunisien

Le Premier ministre Mohamed Ghannouchi, avec quatre de ses ministres.
Le Premier ministre Mohamed Ghannouchi, avec quatre de ses ministres.
© AFP

Dans le sillage de la révolution tunisienne, le cabinet Sigma conseil a organisé le premier sondage d'opinion du pays. Les résultats mettent notamment en évidence le manque de notoriété des partis et des hommes politiques alors que les élections présidentielle et législatives doivent se dérouler dans six mois.

Donner son avis. La chose est encore nouvelle pour les Tunisiens. Mais désormais personne ne craint plus la répression du pouvoir et chaque occasion est bonne pour partager ses idées. « Nous sommes des muets à qui on aurait rendu la parole », expliquent les intéressés.

Il n’en fallait pas plus pour que le cabinet Sigma conseil organise, entre le 1er et le 3 février dernier, le premier sondage d’opinion du pays. Une cinquantaine de questions portant notamment sur la révolution et la politique. La méthode utilisée : « une enquête par téléphone réalisée sur un échantillon de 1250 personnes de plus de 18 ans représentatif de la population tunisienne », détaille Hassen Zargouni, directeur général du cabinet Sigma conseil.

Hommage à l’armée et à la jeunesse

Concernant les meneurs de la révolution tout d’abord, les personnes interrogées attribuent à une écrasante majorité (96%) un rôle majeur à la jeunesse. Suivent les pauvres (87,3%) et les chômeurs (85,3%). A l'inverse, le syndicat de salariés Union générale tunisienne du travail (UGTT) a été un acteur décisif des événements pour moins de la moitié du panel (46,7 %). L'armée obtient une grosse cote de confiance : 87,7 % des répondants estiment qu'elle doit rester en charge de la sécurité pour plusieurs semaines et 79,1% lui font plus confiance qu'à la police pour cette mission.

Les résultats du sondage permettent aussi une première approche des sensibilités politiques des Tunisiens. Après des débuts catastrophiques, le gouvernement de transition paraît ainsi peu à peu trouver le bon mode d'expression. Plus de 61% des personnes interrogées estiment qu'il communique bien et 53,5 % qu'il le fait de manière transparente. Son audience populaire s'est notamment améliorée après le discours en arabe dialectal de Farhat Rajhi, le ministre de l'Intérieur, au début de la semaine.

Des partis politiques peu connus

Par ailleurs, cette photographie de l'opinion permet de constater que les formations politiques manquent de notoriété. Et qu'un important travail de communication s'impose dans la perspective des élections prévues après la période de transition.

À la question « quels partis connaissez vous en Tunisie ? » 46,4 % du panel répond « ne sait pas ». Seuls 3 partis dépassent les 20 % de notoriété spontanée : le parti de l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, 27 %), le parti islamiste Ennahdha (25,8 %) et le Parti démocratique progressiste (PDP, ancienne opposition, 24,7 %).

Faible confiance en Rached Ghannouchi

Faute de bien connaître le paysage politique, les Tunisiens accordent leur confiance aux hommes qui sont actuellement aux commandes du pays. Le Premier ministre Mohamed Ghannouchi, cité par 20,9 % des personnes interrogées arrive en tête, suivi par le héros de la révolution, le général Rachid Ammar (13,6 %). Puis, on trouve l'ancien opposant du PDP Ahmed Néjib Chebbi (13,5 %) désormais ministre du Développement régional et local, et l'ancien magistrat Farhat Rajhi (11,8 %), devenu ministre de l'Intérieur. L'islamiste Rached Ghannouchi occupe lui la sixième position, mais son score est bas : moins de 4% des personnes interrogées disent lui faire confiance.

Enfin, le sondage ne permet pas de répondre à la question qui va être pour de longs mois au centre de tous les intérêts : qui est en pôle position pour la prochaine élection présidentielle ? En effet, près d'un citoyen sur quatre (73,5 %) ne sait pas qui il souhaiterait voir à la tête du pays à l'issue de la période de transition. Seul Ahmed Néjib Chebbi se détache légèrement, avec 8 % des suffrages, devant Rachid Ammar (4,4 %) et Mohamed Ghannouchi (3,7 %). Quant au leader islamiste, Rached Ghannouchi, il ne satisferait que 1,9 % des Tunisiens.

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Par Julien Clémençot , jeuneafrique

La Tunisie est devenue le centre du monde

Ce qui se déroule en Tunisie est vraiment exceptionnel. Je me demande ce qu'il en résultera. Si la Tunisie devient une démocratie, et pour l'instant, elle en prend clairement le chemin, elle révolutionnera complètement le Magrheb et le Proche-Orient. On assiste à un déverrouillage dans précédent. En fait, c'est même mieux que cela : les verrous ont purement et simplement sauté. Les Tunisiens vivent un très grand moment dans l'histoire de l'humanité.

J'ai enfin un sondage : je me demandais quand un institut de sondage allait avoir une bonne de le faire, un résultat de sondage sur l'opinion politique tunisienne. L'agence sigma en a donc fait un.

Difficile d'en tirer des enseignements, car la Tunisie ne connaît pas encore sa classe politique. Ceux qui craignaient l'islamisme en Tunisie en sont pour leurs frais. Si le parti islamiste est connu, son leader n'a qu'une très faible cote de popularité (moins de 4% !!!). C'est fou de se dire que seul un quart de de population connaît l'ex-parti au pouvoir, autant pour l'ancien parti d'opposition laïque, et de même pour le mouvement islamiste Ehnada. Presque la moitié de la population ignore tout de la politique.

Finalement, la force politique qui semble la plus populaire, pour l'instant, c'est encore le gouvernement qui remporte une majorité de suffrages en dépit de la méfiance des Tunisiens.

Les Tunisiens sont reconnaissants envers leur jeunesse : ils estiment à 99% qu'elle a été le fer de lance de la révolte.

Parmi les institutions qui obtiennent un succès d'estime, on compte l'armée avec une cote de confiance de plus de 87%.

La présidentielle va être très ouverte, les Tunisiens ne savent pas pour qui ils vont voter : l'homme qui obtient le plus de suffrages est l'ancien opposant Ahmed Néjib avec 8% d'intentions de vote !!!

Il ne s'agit pas pour autant de tomber dans un optimisme béat : les islamistes tenteront d'appliquer une stratégie qui marche à peu près partout où ils ont pris pied. Ils mettront en action des organisations confessionnelles caritatives partout où il y a des besoins et se gagneront ainsi le soutien d'une partie de la population, notamment parmi les déshérités. Il est possible de contrer cette stratégie à condition de financer des programmes d'aide dans les zones désertées de Tunisie et en s'appuyant sur le tissu laïc local auquel devra en revenir le mérite.

Pour éviter de devoir affronter une "hard war", mieux vaut gagner la "soft war". Dans ce domaine, les Européens ont jusqu'ici été assez bons sur les marches de leur civilisation (l'Europe, en somme) mais vraiment pas fameux partout ailleurs. C'est en injectant massivement des fonds dans le tissu associatif solidaire laïc en Tunisie qu'on peut s'assurer de mettre en pièces les Islamistes en dépit de l'argent de la Réaction dont ils ne manqueront pas de disposer.

Cela suppose un renseignement efficace, capable de distinguer les associations transparentes des associations corrompues. Une chose est de vouloir et pouvoiir distribuer de l'aide et de l'argent, une autre est de déterminer à qui en toute confiance.

On dépense des sommes folles en avions espion, satellites et systèmes d'observation de toute sorte (et sans doute n'est-ce pas complètement inutile, j'en conviens), mais si l'on agissait en amont, c'est à dire au milieu des populations avec des relais d'information locaux, et de l'aide locale efficace, on s'épargnerait par la suite bien des soucis et bien des investissements aussi lourds que peu rentables, in fine.

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heresie.hautetfort.com