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dimanche 20 février 2011

«La Chine a besoin, elle aussi, d’une révolution du jasmin»

A Shanghai ce dimanche, une petite foule avait répondu à l'appel à manifester lancé sur Internet... Jusqu'à ce que la police intervienne et arrête un étudiant. Notre correspondant, présent au moment des faits, raconte.


Par PHILIPPE GRANGEREAU envoyé spécial à Shanghai

A Shanghai, ce dimanche, un jeune manifestant arrêté par la police.

A Shanghai, ce dimanche, un jeune manifestant arrêté par la police. (REUTERS)

L’arrestation s’est déroulée devant un café de la Place du Peuple, au cœur de Shanghai. Trois policiers en uniforme accompagnés d’au moins cinq agents en civil se sont emparés ce dimanche d’un étudiant d’une vingtaine d’années.

Le jeune homme avait commencé à s’adresser à une petite foule qui avait répondu à l’appel à manifester pour la démocratie lancé sur internet par la dissidence. «La Chine a besoin, elle aussi, d’une révolution jasmin», écrivait le site «Boxun» — géré par des dissidents chinois à l’étranger.

Celui-ci avait demandé aux Chinois de suivre l’exemple de la Tunisie et de l’Egypte en se réunissant pacifiquement, dimanche à 14 heures, dans toutes les grandes villes du pays pour scander: «nous voulons manger, nous voulons du travail, des logements, et un système équitable». Mais la police, qui suit de près les microblogs comme Twitter qui ont relayé cet appel, était prête à toute éventualité. En ce froid après-midi autour de la Place du Peuple, des dizaines de policiers ainsi qu’un camion anti-émeute équipé de caméras video avaient été mobilisés.

La petite foule qui s’était déplacée n’a pratiquement pas réagi lorsque les policiers ont tiré le jeune audacieux par les vêtements, sur une cinquantaine de mètres, avant de l’embarquer. Les participants, dont beaucoup faisaient mine de passer pour des promeneurs, se sont contentés de prendre quelques photos de l’arrestation avec leurs téléphones portables.

«Les Chinois détestent le communisme. Mais les Chinois ont peur, et c’est ça le problème ici», explique Zhao, un retraité de 78 ans, en observant la scène. «Ce gouvernement est un gouvernement de bandits et de hooligans», chuchote-t-il au milieu de la foule, en employant l’anglais pour plus de sécurité. Nous prenant à l’écart, il ajoute: «Il n’y a pas de démocratie en Chine, pas de liberté de parole, pas de liberté tout court. Dans les pays normaux, l’armée sert la nation, mais en Chine elle sert le parti communiste.»

Deux autres personnes auraient été arrêtées à Shanghai. De timides réunions se sont également déroulées à Pékin — sur la grande avenue Wangfujing — ainsi que dans onze autres villes, dont Chengdu, Changsha et Canton. Partout, la police avait déployé un dispositif des plus dissuasifs. La veille, et ce n’est sans doute pas un hasard, le président chinois Hu Jintao avait exigé l’imposition de contrôles plus stricts sur l’internet - qui est déjà la cible d’une censure draconienne. Le mot «jasmin» est désormais prohibé sur les forums de discussion, au même tire que «Egypte», «Tunisie» et «démocratie».

L’échec de la mobilisation dissidente de dimanche, estiment les opposants chinois, n’est que relatif. «Même si elle n’a pas eu le résultat escompté, cet appel à manifester montre que le peuple chinois aspire à la démocratie», juge Bao Tong, le secrétaire particulier de Zhao Ziyang — le chef du PC chinois limogé après la répression de Tiananmen, en 1989.

«Le maintien de la stabilité par la force peut être efficace à court terme, mais jamais sur le long terme», estime pour sa part l’écrivain He Qinglian sur son compte Twitter, en fustigeant «un gouvernement chinois paranoïaque qui ferait mieux de rendre le pouvoir au peuple».

Un utilisateur de Twitter qui écrit sous le pseudonyme «FreeMandchuria» propose «de lancer tous les un ou deux mois» un appel internet à manifester «afin que ce bandit de parti communiste vive dans l’anxiété permanente (…) l’important n’est pas descendre effectivement dans la rue». «La fleur de jasmin n’a pas fleuri», déplore un autre abonné à Twitter. «Il aurait fallu un élément déclencheur, un slogan mobilisateur, une revendication et un objectif clair. J’espère que la fleur de jasmin éclorera la prochaine fois.»

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liberation


lundi 7 février 2011

La Tunisie est devenue le centre du monde

Ce qui se déroule en Tunisie est vraiment exceptionnel. Je me demande ce qu'il en résultera. Si la Tunisie devient une démocratie, et pour l'instant, elle en prend clairement le chemin, elle révolutionnera complètement le Magrheb et le Proche-Orient. On assiste à un déverrouillage dans précédent. En fait, c'est même mieux que cela : les verrous ont purement et simplement sauté. Les Tunisiens vivent un très grand moment dans l'histoire de l'humanité.

J'ai enfin un sondage : je me demandais quand un institut de sondage allait avoir une bonne de le faire, un résultat de sondage sur l'opinion politique tunisienne. L'agence sigma en a donc fait un.

Difficile d'en tirer des enseignements, car la Tunisie ne connaît pas encore sa classe politique. Ceux qui craignaient l'islamisme en Tunisie en sont pour leurs frais. Si le parti islamiste est connu, son leader n'a qu'une très faible cote de popularité (moins de 4% !!!). C'est fou de se dire que seul un quart de de population connaît l'ex-parti au pouvoir, autant pour l'ancien parti d'opposition laïque, et de même pour le mouvement islamiste Ehnada. Presque la moitié de la population ignore tout de la politique.

Finalement, la force politique qui semble la plus populaire, pour l'instant, c'est encore le gouvernement qui remporte une majorité de suffrages en dépit de la méfiance des Tunisiens.

Les Tunisiens sont reconnaissants envers leur jeunesse : ils estiment à 99% qu'elle a été le fer de lance de la révolte.

Parmi les institutions qui obtiennent un succès d'estime, on compte l'armée avec une cote de confiance de plus de 87%.

La présidentielle va être très ouverte, les Tunisiens ne savent pas pour qui ils vont voter : l'homme qui obtient le plus de suffrages est l'ancien opposant Ahmed Néjib avec 8% d'intentions de vote !!!

Il ne s'agit pas pour autant de tomber dans un optimisme béat : les islamistes tenteront d'appliquer une stratégie qui marche à peu près partout où ils ont pris pied. Ils mettront en action des organisations confessionnelles caritatives partout où il y a des besoins et se gagneront ainsi le soutien d'une partie de la population, notamment parmi les déshérités. Il est possible de contrer cette stratégie à condition de financer des programmes d'aide dans les zones désertées de Tunisie et en s'appuyant sur le tissu laïc local auquel devra en revenir le mérite.

Pour éviter de devoir affronter une "hard war", mieux vaut gagner la "soft war". Dans ce domaine, les Européens ont jusqu'ici été assez bons sur les marches de leur civilisation (l'Europe, en somme) mais vraiment pas fameux partout ailleurs. C'est en injectant massivement des fonds dans le tissu associatif solidaire laïc en Tunisie qu'on peut s'assurer de mettre en pièces les Islamistes en dépit de l'argent de la Réaction dont ils ne manqueront pas de disposer.

Cela suppose un renseignement efficace, capable de distinguer les associations transparentes des associations corrompues. Une chose est de vouloir et pouvoiir distribuer de l'aide et de l'argent, une autre est de déterminer à qui en toute confiance.

On dépense des sommes folles en avions espion, satellites et systèmes d'observation de toute sorte (et sans doute n'est-ce pas complètement inutile, j'en conviens), mais si l'on agissait en amont, c'est à dire au milieu des populations avec des relais d'information locaux, et de l'aide locale efficace, on s'épargnerait par la suite bien des soucis et bien des investissements aussi lourds que peu rentables, in fine.

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heresie.hautetfort.com