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dimanche 13 février 2011

Tunisie: Une démission qui tombe mal

Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Ahmed Ounaïes, a démissionné dimanche, pour s'être montré trop proche de Michèle Alliot-Marie mais aussi pour avoir nié la contribution populaire au renversement de Ben Ali. Une mauvaise nouvelle pour son gouvernement, confronté à une crise diplomatique face à l'Italie.

Début février, les éditorialistes tunisiens interrogés par leJDD.fr qualifiaient la polémique autour des vacances de Michèle Alliot-Marie d'"affaire franco-française". Mais depuis quelques jours, elle semble s'être invitée dans le nouvel exécutif tunisien. A tel point que Ahmed Abderraouf Ounaïes, le ministre des Affaires étrangères, a dû présenter sa démission dimanche après-midi.

Cette démission a pour origine sa visite en France. Cet ancien ambassadeur à la retraite, âgé de 75 ans et qui a servi sous les présidences Bourguiba et Ben Ali, était devenu ministre des Affaires étrangères le 27 janvier. Neuf jours plus tard, il s'était déplacé à Paris pour rencontrer Michèle Alliot-Marie, au quai d'Orsay. Alors que le ralliement tardif de l'Elysée avait fait grincer des dents outre-Méditerranée, Ahmed Ounaïes n'avait pas tari d'éloges sur son homologue française: "J'aime écouter Mme Alliot-Marie en toutes circonstances et dans toutes les tribunes", avait-il affirmé.

Le "fou d'Alliot-Marie"

Lundi dernier, il a de nouveau été épinglé pour "déni de révolution", après ses déclarations sur la chaîne privée de télévision Nesma. Evoquant le gouvernement de transition, il y éludait l'effort populaire qui a contribué au changement de régime. Des mots de trop pour les fonctionnaires des Affaires étrangères qui ont chahuté leur ministre quelques heures plus tard. Le diplomate a alors pris ses affaires et quitté son bureau.

Les médias se sont alors déchaînés sur son sort. Le site d'informations Kapitalis a donné le ton dans un article où sont dénoncées "les courbettes diplomatiques" face à la France. De son côté, le journal en ligne du fournisseur d’accès Gnet a qualifié, à la Une de son site, les propos d'Ahmed Ounaïes de "piètres".Mardi, le quotidien tunisien Le Temps a mis en Une la caricature d'Ahmed Ounaïes, qualifié de "fou d'Alliot-Marie" et agenouillé devant MAM. Plus d'un millier de personnes sont fans d'une page Facebook intitulée "pour que Ahmed Abderraouf Ounaies consulte un psychiatre"…

De la compétence des ambassadeurs

Après plusieurs jours de polémique, le principal intéressé a décidé de se confier sur Kapitalis . Il a rejeté le "déni de révolution", sans revenir sur ses propos: "La révolution populaire tunisienne n’a pas été suscitée par un groupe pensant et dogmatique au nom d’une doctrine ou d’une idéologie. Si elle a réussi, c’est grâce à un gouvernement d’union nationale qui occupe le centre de la scène politique." Des propos qui n'ont pas calmé ses détracteurs.

Un problème de fond double cette polémique de mots. Les fonctionnaires des Affaires étrangères dénoncent des problèmes de compétence. Selon un groupe de diplomates tunisiens, plus de 60% des chefs de missions diplomatiques et consulaires tunisiennes ne sont pas des fonctionnaires du ministère et ont été désignés par le président déchu pour des considérations personnelles: "Ces nominations sont, dans la majeure partie des cas, 'des rétributions pour service rendus ou pour la sauvegarde des intérêts' de sa famille et de son épouse", dénoncent-ils dans une lettre ouverte.

Vers une crispation diplomatique avec l'Italie

Ahmed Ounaïes a rencontré plusieurs délégations de personnels ainsi que des associations. Mais il n'a pas réussi à dissiper leurs inquiétudes et, las, il a présenté sa démission. Le moment est pourtant crucial, le nouveau gouvernement traversant sa première crise diplomatique. L'Italie s'apprête en effet à demander le déploiement de policiers italiens en Tunisie pour tenter d'empêcher les nombreux départs d'immigrants clandestins depuis ce pays. Quelque 5.000 clandestins sont arrivés à Lampedusa en cinq jours, pour la plupart des Tunisiens expliquant avoir fui un "pays à la dérive" comme en écho aux centaines de personnes qui manifestent tous les jours en Tunisie pour réclamer un emploi, un meilleur salaire ou un toit.

Rome, qui craint une crise humanitaire, a demandé à l'Union européenne de prendre rapidement une décision définitive, d'ici une dizaine de jours, sur le déploiement d'une mission Frontex qui permet le renforcement du dispositif douanier en mer Méditerranée. Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, se rend lundi en Tunisie pour faire le point. Le départ d'Ahmed Ounaïes place donc son exécutif en porte-à-faux par rapport à l'UE. Un nouveau couac pour un gouvernement de transition qui navigue toujours à vue.

Le ministre tunisien des Affaires étrangères démissionne

Ahmed Ounaïes n'avait quasiment pas repris ses fonctions depuis son retour d'une visite en France le 4 février. Il avait été chahuté pour avoir salué, en Michèle Alliot-Marie, «avant tout une amie de la Tunisie».

Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Ahmed Ounaïes, à Bruxelles, le 2 février.

Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Ahmed Ounaïes, à Bruxelles, le 2 février. (REUTERS)

Le chef controversé de la diplomatie tunisienne, Ahmed Ounaïes, a présenté, ce dimanche, sa démission du gouvernement de transition alors qu'il n'avait quasiment pas repris ses fonctions depuis une visite en France.

«Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères Ahmed Ounaïes a présenté aujourd'hui sa démission du gouvernement de transition», indique l'agence officielle TAP.

Cet ancien ambassadeur à la retraite, âgé de 75 ans, avait intégré le gouvernement de transition remanié le 27 janvier par le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi.

Dans le premier gouvernement d'union nationale du 17 janvier, il avait été nommé secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères. Il n'avait quasiment pas repris ses fonctions depuis son retour d'une visite en France le 4 février, selon des sources diplomatiques.

Cet indépendant avait été chahuté, le 7 février, par des fonctionnaires des Affaires étrangères qui manifestaient devant et dans l'enceinte de son ministère en réclamant son départ immédiat après ses propos tenus à Paris. Il avait alors pris ses affaires et quitté le ministère.

En France, il avait salué en son homologue, Michèle Alliot-Marie, «avant tout une amie de la Tunisie», alors que celle-ci était sommée, au même moment, de s'expliquer pour avoir bénéficié des largesses d'un grand patron tunisien lié en affaires avec le clan Ben Ali. Elle avait aussi proposé au régime vacillant de Ben Ali le «savoir-faire» des policiers français, alors que la répression battait son plein.

(Source AFP)