
Ce cadre de Google, relâché lundi après douze jours de détention, a été accueilli mardi de manière triomphale par les manifestants de la place Tahrir, épicentre de la révolte au Caire.
La contestation ne faiblit pas au Caire. Après un mardi marqué par les manifestations les plus importantes depuis le début du mouvement le 25 janvier, la mobilisation n'a montré aucun signe d'essoufflement dans la nuit de mardi à mercredi sur la place Tahrir, épicentre de la révolte au Caire. Malgré les nuits fraîches, la fatigue et les conditions de vie spartiates sur ce rond-point devenu un village de tentes retranché. La foule a réservé un accueil triomphal au cybermilitant et cadre de Google Wael Ghonim, libéré lundi après 12 jours aux mains des très redoutés services de sécurité d'Etat. "J'aime à appeler ça la révolution Facebook mais après avoir vu les gens ici, je dirais que c'est la révolution du peuple égyptien", a lancé le jeune homme, entouré par des milliers de manifestants. Devenu un symbole de la contestation, Wael Ghonim a confirmé dans une interview à la chaîne privée Dream 2 être l'administrateur de la page Facebook "Nous sommes tous Khaled Saïd", du nom d'un jeune homme battu à mort par la police, un mouvement qui a joué un rôle-clé dans le lancement du mouvement.
Moubarak lâche un peu plus de lest
Dans une tentative d'apaisement, Hosni Moubarak, 82 ans et presque 30 ans à la tête de l'Etat, a annoncé la création d'une commission pour amender la Constitution, dans le cadre du "dialogue national" entamé dimanche entre le pouvoir et l'opposition dont, pour la première fois, les Frères musulmans, jusqu'ici bête noire du régime. Lundi, il a promis une hausse de 15% des salaires des fonctionnaires et des retraites à partir du 1er avril, et a demandé la formation d'une commission d'enquête sur les violences du 2 février place Tahrir, où des affrontements meurtriers ont opposé pro et anti Moubarak. L'opposition conteste notamment les articles de la Constitution liés aux conditions très restrictives de candidature à la présidentielle et au mandat présidentiel. Mais les mesures politiques - dont l'annonce le 1er février du président qu'il ne briguerait pas un sixième mandat en septembre - n'ont pas apaisé la colère des protestataires qui exigent toujours son départ immédiat.
Pressions internationales
Mardi, les Etats-Unis ont appelé les autorités égyptiennes à prendre des mesures pour aboutir à des réformes "irréversibles" dans le cadre de la transition politique. Ils ont notamment présenté aux autorités égyptiennes un programme en quatre points pour mettre fin à la contestation, qui recommande notamment la levée immédiate de l'état d'urgence. Washington, pour qui le Caire reste un partenaire de la plus haute importance stratégique, tant pour le processus de paix au Proche-Orient que pour l'activité du canal de Suez, semble douter de l'engagement du président Hosni Moubarak et de son gouvernement en faveur de réformes démocratiques substantielles. La France a pour sa part appelé à "l'émergence des forces démocratiques" pour une transition qui doit se dérouler "sans violence et aussi rapidement que possible". L'ambassadeur russe à l'ONU Vitaly Churkin, a lui souhaité que le Conseil de sécurité de l'ONU se rende en visite au Moyen-Orient pour tenter de lever l'impasse au processus de paix et évaluer les troubles en Egypte et dans les autres pays de la région. De son côté, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a estimé que le peuple égyptien était frustré et attendait des "réformes audacieuses".
L'Egypte rejette les "ingérences étrangères"
Le vice-président Omar Souleimane a rejeté les "ingérences étrangères" dans les affaires de l'Egypte, sans nommer un pays en particulier, soulignant qu'elles étaient "plutôt une invitation à davantage de chaos". Il faut dire que les recommandations américaines, formulées par le vice-président Joe Biden, et qui appelaient notamment à "mettre un frein aux activités du ministère de l'Intérieur en cessant immédiatement les arrestations" faisaient figure de réponse aux propos prêtés dimanche à l'ex-chef des services de renseignement, qui aurait déclaré que l'Egypte n'est pas mûre pour la démocratie et que l'état d'urgence ne sera levé qu'une fois les condition réunies.
Par TF1 News le 09 février 2011 à 08:15