mardi 1 février 2011

Tunisie, Egypte... Et le Maroc ?

Abdellatif Laâbi - Tribune

Dans cette tribune, l'écrivain et poète marocain Abdellatif Laâbi dresse un tableau de l'immobilisme dans lequel est figé le pays de Mohammed VI. Il en appelle à l'instauration d'un véritable Etat de droit, condition préalable d'un « décollage démocratique».


Désillusion. Incertitude. Frustrations. Accès de révolte et sentiment d’impuissance à la fois. Voilà, me semble-t-il, le ressenti actuel d’un nombre croissant de Marocains, de la jeunesse en premier, mais aussi de larges couches de la population allant des plus démunies jusqu’à l’élite intellectuelle en passant par les classes moyennes. Le résultat, alarmant, de cet état d’esprit est la perte collective de ce que j’appellerais « le goût de l’avenir ».

Comment en est-on arrivé là ? Après les ouvertures prometteuses du début de la dernière décennie, nous sommes passés à une phase d’hésitation, puis d’inertie. La politique officielle est devenue illisible à force d’être opaque. La concentration des pouvoirs s’est accentuée à tel point que les règles du jeu politique, dans ce qui nous a été présenté au départ comme un processus démocratique, se trouvent dévoyées, inopérantes.

Au regard d’une telle impasse, force est de constater que la pensée politique est loin de relever le défi. Elle a abandonné chez nous les dimensions critique et prospective pour se cantonner, disons, dans la chronique, la réaction à l’événementiel au jour le jour. Finie par exemple la revendication ferme d’une réforme constitutionnelle en vue d’un juste rééquilibrage des pouvoirs et leur séparation selon les normes démocratiques établies universellement, et ce sans parler d’une revendication qui s’est exprimée au lendemain de l’indépendance, celle d’une Assemblée constituante qui aurait eu pour tâche d’élaborer le contenu et les règles d’une telle réforme.

Le chantier institutionnel ainsi déserté, quelle marge de négociation reste-t-il à notre classe politique, et surtout parmi elle aux partis qui affichent encore sporadiquement quelque velléité d’indépendance vis-à-vis du pouvoir ? La négociation se réduit, pour eux, au nombre de portefeuilles qu’ils aspirent à se voir réserver dans l’équipe gouvernementale selon les résultats électoraux obtenus, qu’ils soient d’ailleurs controversés ou non. Piètre ambition quand il est de notoriété publique que ce gouvernement gouverne si peu, à l’instar du parlement légiférant lui-même si peu, de son propre chef.

De son côté, la gauche non institutionnelle, qui jouit d’une grande respectabilité due aux sacrifices qu’elle a consentis dans son combat contre l’ancien régime, n’a pas réussi à acquérir une véritable visibilité politique. Souffrant du mal congénital de la division et, pour ses ailes les plus combatives, d’un certain enfermement idéologique, elle peine à assumer le rôle que l’on attendrait d’elle, celui justement d’impulser le renouveau de la pensée politique, de proposer un projet alternatif de société et d’ouvrir des voies inventives pour la mobilisation citoyenne.

La société civile quant à elle, malgré son dynamisme et son degré de conscience grandissants, semble ne pas avoir pris la mesure du poids non négligeable qu’elle représente dans le rapport de force politique, social et intellectuel existant. Pourtant, bien de ses réalisations, à tous les niveaux du développement humain, de l’aide aux personnes et aux catégories de la population les plus fragiles, de la création et de l’animation culturelles, dénoncent, exemples à l’appui, l’indigence de l’action partisane traditionnelle comme celle des gouvernants dans ces domaines. Mais la dynamique qu’elle a créée risque de s’enliser, à terme, dans des tâches cloisonnées si elle n’est pas portée par une vision du projet social dans son ensemble, où la construction de la démocratie serait une œuvre citoyenne fondée sur des valeurs éthiques dont les politiciens s’inspirent de moins en moins, quand bien même ils prétendent en être convaincus.
Aussi, face à ces multiples carences, l’on ne peut que constater, la mort dans l’âme, que les maîtres à penser, les vrais décideurs d’aujourd’hui ne sont même pas les économistes qui font la pluie et le beau temps sous d’autres climats, mais les technocrates, les managers, les conseillers et consultants en tout genre, éminemment attentifs aux orientations fixées par les institutions financières internationales et les officines d’études stratégiques (de préférence étrangères) aux avis pertinents selon la formule consacrée.
Le résultat en est que le Maroc n’est pas géré comme un pays qui, du fait de son identité affirmée et de la richesse de sa culture, aurait des atouts à faire valoir ; où le peuple, artisan incontesté de la souveraineté nationale, devrait avoir son mot à dire sur la gestion de ses affaires et la construction de son avenir ; où la société, qui n’ignore rien de ce qui se passe dans le village planétaire, désirerait jouir elle aussi des avancées qui s’y sont réalisées sur le plan des connaissances, de l’éducation, de la satisfaction des besoins matériels et moraux, des droits et des libertés. Le Maroc se trouve plutôt géré comme une méga entreprise ou une multinationale dont la finalité est l’enrichissement illimité de ses principaux actionnaires, quitte à distribuer quelques miettes aux petits porteurs afin de créer une classe tampon entre elle et la masse grandissante des laissés-pour-compte.

Le décollage économique du pays, dont certaines prémices sont incontestables, d’autres sujettes à caution, est à ce prix. Et sur cet autel où le culte du veau d’or est célébré de façon indécente, c’est le décollage démocratique qui est en train d’être sacrifié. Comment comprendre autrement les atteintes réitérées à la liberté d’opinion, le harcèlement des organes de presse, les condamnations des journalistes sous les prétextes les plus fallacieux, et dans d’autres domaines tout aussi symboliques la démission de l’Etat face au délabrement du système éducatif ou le désintérêt vis-à-vis de cet enjeu majeur que représente la culture dans la formation de l’esprit de citoyenneté et la structuration de l’identité épanouie d’une nation ?

Le scénario ainsi rédigé, presque bouclé, n’est sûrement pas celui auquel on s’attendait il y a juste dix ans. Et rien ne laisse présager qu’il reste ouvert à une réécriture quelconque. D’où : désillusion. Incertitude. Frustrations. Accès de révolte et sentiment d’impuissance à la fois. Dois-je rappeler que la perte du goût de l’avenir est une aubaine pour ceux qui n’ont pas attendu ce constat pour cultiver « le goût du passé » le plus trompeur qui soit, et se positionner en secouristes soi-disant altruistes des victimes du système : les déshérités, les désespérés, les abonnés aux miracles ?

Les éléments de réflexion qui précèdent, conçus je dois le préciser avant les « événements » de Tunisie, me renforcent dans l’idée qu’un changement de cap s’impose au Maroc. A cet égard, l’amalgame simpliste aussi bien que la politique de l’autruche seraient éminemment périlleux. Le Maroc, et pour de multiples raisons, n’est assurément pas la Tunisie, mais certains ingrédients qui ont été à l’origine de la Révolution dite de jasmin sont réunis, presque à l’identique et depuis fort longtemps dans notre pays.
Si, comme je le crois, la majorité des Marocains aspirent ardemment à une transition pacifique, mais irréversible, vers la démocratie, le moment est donc venu d’un sursaut citoyen impliquant toutes les forces politiques, sociales et intellectuelles qui partagent la même aspiration. L’heure est au bilan critique et autocritique, au réarmement de la pensée, à la libération des initiatives, à l’affirmation claire des solidarités, au débat de fond et à la synergie entre toutes ces forces.

Le moment est venu pour nos gouvernants de donner des gages concrets de leur volonté à satisfaire une telle aspiration, le gage le plus urgent consistant à prendre des mesures radicales pour répondre à la détresse économique et sociale qui a atteint un seuil critique. Cela impliquerait, disons-le sans ambages, la remise en question des choix économiques et du modèle de croissance mis en œuvre jusqu’à nos jours et qui a creusé irrémédiablement les inégalités et les injustices. L’autre gage qui permettra à l’ensemble de la communauté nationale de renouer avec le goût de l’avenir serait un acte fondateur, négocié avec l’ensemble des acteurs de la scène politique et de la société civile, en vue d’imprimer à la Constitution du pays les principes d’un Etat de droit, instaurant la séparation des pouvoirs, l’égalité devant la loi, la protection des libertés, mais aussi d’un Etat de type nouveau prenant acte de l’identité culturelle et autres spécificités de certaines régions pour accorder à leurs populations l’autonomie à laquelle elles ont droit.
Une nouvelle croisée des chemins est en vue pour le Maroc. Le rendez-vous que l’Histoire nous y a fixé ne souffre aucune attente. Puissent la raison et les intérêts supérieurs du pays nous y conduire à temps et nous faire choisir la voie la plus sûre du progrès, de la dignité et de la justice, celle du décollage démocratique.
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http://www.marianne2.fr

Egypte: Google et Twitter offrent une solution aux Egyptiens privés d'Internet

HIGH-TECH - La solution Speak2tweet permet de tweeter des messages vocaux via téléphone...

On pourrait appeler ça de la social-resistance. Moubarak peut débrancher l'Internet et le réseau téléphonique mobile, il ne peut pas complètement faire taire les Egyptiens. Après «un week-end de travail» en collaboration avec Twitter, Google, qui vient d'acheter la startup SayNow, a présenté, lundi, le service Speak2tweet.

L'idée est simple: les Egyptiens peuvent laisser un message vocal, depuis une ligne fixe, vers trois numéros hébergés à l'étranger. Un lien vers l'enregistrement est ensuite automatiquement tweeté sur le compte speak2tweet avec le hashtag #egypt et #jan25.

>>Les numéros de téléphone de speak2tweet: +16504194196 (Etats-Unis) ou +390662207294 (Italie) ou +97316199855 (Bahreïn)

Initiative symbolique? Peut-être, mais également indispensable. Comme l'un des premiers messages, laissé en anglais par une jeune fille du Caire:

«Bonjour, je voulais juste dire au monde entier qu'on a été déconnectés de notre dernier point d'accès à Internet (le fournisseur Noor, dernier encore en ligne, est tombé lundi, ndr), et le bruit court qu'on va encore être déconnectés du réseau téléphonique mobile […] Ne vous inquiétez pas pour nous. La première fois que c'est arrivé, j'ai totalement paniqué, j'ai cru qu'ils allaient nous tirer dessus sans que personne ne soit au courant à l'extérieur. Mais cette fois, je n'ai pas peur. Qu'ils viennent. On est excités, on est joyeux, et on sera sur la place Tahrir demain (mardi, ndr), on sera nombreux et on va manifester et Moubarak va s'en aller. Soyez avec nous. Bye bye».

Même si la quasi totalité des Egyptiens n'a plus accès à Internet, le bouche à oreille fonctionne encore: en moins de deux heures, une centaine de messages a ainsi été partagée.

D'autres initiatives

Speak2tweet n'est pas la seule initiative pour contourner les restrictions imposées par les autorités égyptiennes. Radios-amateur, téléphones satellites ou encore «vieux» modems 56k... Tout y passe.

Vendredi, le fournisseur d'accès à Internet associatif français FDN a été l'un des premiers à proposer un accès à distance via modem analogique (numéro d'accès: +33.1.72.89.01.50, login: toto mot de passe: toto). Telecomix fait pareil en Suède (+46.850.009.990, telecomix/telecomix).

Philippe Berry
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http://www.20minutes.fr

La Tunisie dans le discours d’Obama

“Recent events have shown us that what sets us apart must not just be our power – it must be the purpose behind it. In South Sudan – with our assistance – the people were finally able to vote for independence after years of war. Thousands lined up before dawn. People danced in the streets. One man who lost four of his brothers at war summed up the scene around him: “This was a battlefield for most of my life. Now we want to be free.”

“We saw that same desire to be free in Tunisia, where the will of the people proved more powerful than the writ of a dictator. And tonight, let us be clear: the United States of America stands with the people of Tunisia, and supports the democratic aspirations of all people.

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http://clesnes.blog.lemonde.fr

US eases Tunisia travel alert

WASHINGTON (AP) — The State Department is easing its travel warning for Tunisia as the unrest that led to the authoritarian president's ouster has diminished in recent days. It says nonessential diplomats and the families of all embassy personnel who left Tunisia at the height of the uprising can return.

In a travel alert issued on Friday, the State Department said that the security situation in Tunisia has improved and public order has been largely restored even though "spontaneous and unpredictable events continue to occur." It said Americans in Tunisia should continue to exercise caution while in the country.

The alert was released as the department warned Americans to defer nonessential travel to Egypt due to large anti-government street protests there.
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http://www.fosters.com

PSF delegation to pay visit to Tunisia next February 3-4


ImageTUNIS, Jan. 31, 2011 (TAP) - The French Socialist Party (PSF) announced, on Monday, that a delegation led by the Party's Deputy-Secretary General Harlem Désir is to pay a visit to Tunisia next February 3-4, to express support to "the democratic process."

In a communiqué made public on Monday and retaken by France Presse Agency, PSF pointed out that the delegation, which will include notably PSF National Secretary to Co-operation Pouria Amirshahi, will meet with political officials and Human Rights organisations.

PSF will "support the democratic process opened by the Tunisian Revolution, and the Tunisian people in their fight for freedom," the communiqué specifies.

Last week, two leaders of French Left Parties—Eva Joly of "Europe Ecologie-Les Verts" and Olivier Besancenot "Nouveau parti anticapitaliste"—were in Tunisia to back up the People's Revolution.

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http://www.tap.info.tn