Voici la situation au Moyen-Orient, pays par pays, jeudi 17 février.
En Algérie : La grande manifestation de samedi a été maintenue, malgré les promesses de réel changement formulées par le pouvoir.
A Bahreïn : Jeudi en milieu de journée, des dizaines de blindés de l'armée et de transports de troupes étaient déployés aux abords de la place de la Perle, où se concentrent les manifestants, dans la capitale Manama. La nuit a fait quatre morts, victimes de la répression policière, parmi les manifestants, ce qui porte le nombre de tués à six depuis le début de la contestation lundi. Les manifestants, des chiites -comme la majorité de la population- ne demandent pas le départ du roi -sunnite-, mais des réformes politiques et sociales dans le pays, pour aboutir à une "monarchie constitutionnelle". Ils ont campé une seconde nuit sur la place de la Perle, dans le centre de la capitale Manama. Près d'une centaine de personnes auraient été blessées dans l'assaut des forces de l'ordre, qui ont tenté de disperser la foule. Dans un communiqué diffusé par l'agence officielle BNA, le porte-parole du ministère de l'Intérieur, le général Tarek al-Hassan, a affirmé que "les forces de sécurité ont évacué la place de la Perle (..) après avoir épuisé toutes les chances de dialogue" avec les protestataires. "Certains ont quitté les lieux d'eux-mêmes alors que d'autres ont refusé de se soumettre à la loi, ce qui a nécessité une intervention pour les disperser", a-t-il ajouté.
En réaction, le bloc chiite au Parlement bahreïni, qui compte 18 sièges sur 40, a l'intention de se retirer de l'Assemblée, a déclaré un député jeudi. L'opposition a réclamé la démission du gouvernement. Le Premier ministre, cheikh Khalifa ben Salmane Al-Khalifa, oncle du roi, est à ce poste depuis l'indépendance de Bahreïn, en 1971.
En Egypte : Dans plusieurs endroits du pays, les grèves réclamant des hausses de salaires se poursuivent, malgré les appels de l'armée à reprendre le travail. La Bourse du Caire restera fermée encore jusqu'à dimanche au moins. Environ 365 personnes ont été tuées et 5.500 blessées durant les 18 jours de manifestations à travers l'Egypte qui ont provoqué la chute du président Hosni Moubarak, selon le ministère de la Santé. Quant à l'ancien président, il "ne va pas bien, a baissé les bras et veut mourir à Charm-el-Cheikh", selon un responsable saoudien qui a pu s'entretenir avec lui.
En Iran : Une manifestation de "haine et de colère", organisée par le pouvoir, est prévue vendredi contre les deux principaux chefs de l'opposition, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi. "La population de Téhéran, après la prière du vendredi, participera avec force à une manifestation pour exprimer sa haine, sa colère et son dégoût devant les crimes sauvages et répugnants des chefs de la sédition et leurs alliés hypocrites et monarchistes", a annoncé le Conseil pour la coordination de la propagande islamique, qui organise les grandes manifestations populaires du pouvoir. Les opposants sont devenus la cible du pouvoir depuis les rassemblements de plusieurs milliers de personnes à Téhéran lundi, et qui se sont soldés par la mort d'au moins deux individus.
En Libye : Malgré le peu d'informations qui filtrent, la révolte se poursuit au royaume du colonel Khadafi, dont le régime réplique par la violence. Six personnes ont été tuées jeudi à Benghazi, dans l'est du pays, épicentre de l'opposition, et 35 blessées, d'après des sites d'opposition basés à l'étranger.
Au moins quatre personnes avaient trouvé la mort mercredi, là encore lors d'affrontements avec les forces de l'ordre, à Al-Baïda. L'organisation libyenne Human Right Solidarity, basée à Genève, qui cite des témoins, a indiqué de son côté que des snipers postés sur des toits avaient tué 13 manifestants et blessé des dizaines d'autres. Un appel à une "journée de colère" qui a été lancé sur Facebook par un groupe dont les membres sont passés de 4.400 à 9.600 en deux jours a été lancé pour ce jeudi.
En Tunisie : L'ex-président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, qui a fui son pays le 14 janvier sous la pression de la rue, est "dans le coma" depuis deux jours dans un hôpital de Jeddah, en Arabie Saoudite où il a trouvé refuge, suite à une attaque cérébrale vasculaire, a annoncé jeudi un proche de sa famille, confirmant une information du journaliste Nicolas Beau.
Le nouvel ambassadeur de France en Tunisie, Boris Bouillon, a déclaré jeudi devant des journalistes à Tunis vouloir écrire "une nouvelle page" dans les relations bilatérales franco-tunisiennes, ce qui "suppose un autre style, une autre approche".
Le montant total des prêts accordés par les banques aux entreprises des clans Ben Ali/Trabelsi est évalué à 2,5 milliards de dinars (1,3 milliard d'euros), dont 430 millions (224 millions d'euros) sans garantie de remboursement, selon la Banque centrale de Tunisie (BCT). Les familles et proches du président déchu le 14 janvier Zine El Abidine Ben Ali, au pouvoir pendant 23 ans, et de sa femme Leïla Trabelsi ont fait main basse sur les richesses du pays.
Au Yémen : Les jours se suivent et se ressemblent dans la capitale Sanaa. De nouveau, les étudiants qui voulaient manifester ce jeudi contre le régime du président Saleh ont été attaqués par des partisans du chef de l'Etat, armés de gourdins et de pierres. Selon l'AFP, 25 blessés sont à déplorer. Mercredi, de violents heurts avaient opposé des manifestants anti-régime et policiers à Aden, dans le sud du pays, faisant deux morts. Etat indépendant jusqu'en 1990, le sud du Yémen est le théâtre d'une contestation de séparatistes.