
Tension sociale et économie en berne
Parallèlement au processus révolutionnaire qui a démarré en décembre dernier, se superposent de nombreuses revendications sociales, qui ont toujours cours. Grèves, sit-in et autres mouvements apparaissent encore quotidiennement. “Des conflits sociaux ponctuels continuent d’éclater, rappelant l’ampleur des préoccupations sociales, explique Béligh Nabli, directeur de recherches à l’Institut des recherches internationales et stratégiques. L’attente est forte dans la population en général, et de la part de la jeunesse en particulier.”
L’effervescence, qui agite la société civile, contraste avec l’économie du pays qui connaît des difficultés considérables. “Une révolution a un coût financier, au moins à court terme, poursuit le spécialiste. Actuellement, la période d’instabilité affecte certains secteurs clefs de l’économie comme le tourisme, vital au regard du nombre d’emplois indirects qu’il suscite. À cela s’ajoutent deux éléments conjoncturels : la hausse des matières premières et la gestion de la crise en Libye qui grève les importants échanges commerciaux entre les deux pays.”
Mais tout n’est pas si noir au pays du jasmin. La fin du système généralisé de corruption sera un argument extrêmement positif au niveau économique. “La Tunisie montre un visage très attirant aujourd’hui, du point de vue du développement, avec de nombreux projets. On est actuellement dans une phase de recherche d’investisseurs mais ce n’est pas évident dans cette période de mobilisation sociale. Il ne peut pas y avoir de réponse immédiate”, estime Didier Le Saout, spécialiste des mouvements sociaux au Maghreb. Un paysage politique plus que flou
Le départ de Ben Ali le 14 janvier a ouvert la voie à la liberté d’expression et au multipartisme. Des acquis non négligeables pour les citoyens qui peuvent dorénavant participer à la vie démocratique. En quelques semaines, une cinquantaine de formations politiques ont vu le jour et tentent de se structurer alors que se profile l’élection de l’Assemblée constituante le 24 juillet. “Il y aura un premier élément de clarté à l’issue des élections mais certains partis considèrent que la période est bien trop courte pour mener campagne. S’ancrer dans la population prend du temps et sur ce point, la proximité de l’échéance électorale est plus favorable aux partis déjà organisés. Et notamment à l’ex-RCD (l’ancien parti présidentiel dissous par la justice le 9 mars, ndlr) ou plutôt ses organisations satellites qui continuent à fonctionner”, juge Didier Le Saout. Une hypothèse qui, si elle se confirmait, pourrait ramener la Tunisie à une nouvelle période de mobilisation politique et d’opposition selon le spécialiste. Non, le printemps arabe n’a pas encore totalement fleuri en Tunisie.
ledauphine