vendredi 25 février 2011

Libye : la surenchère de Kadhafi


Les insurgés de Benghazi sont parvenus à prendre la ville, malgré la violente répression./ Photo DDM
Les insurgés de Benghazi sont parvenus à prendre la ville, malgré la violente répression./ Photo DDM

La Libye s'enfonce dans le chaos. La répression menée par Kadhafi aurait fait plus de 1 000 morts, mais le « guide suprême » ne semble plus avoir les moyens de se maintenir au pouvoir.

La chute de Kadhafi semble inéluctable, mais en attendant, les combats et la répression continuent. L'ambassadeur français chargé des droits de l'homme, François Zimeray, a estimé hier qu'il y avait des « éléments précis et concordants pour une enquête pour crimes contre l'humanité » en Libye passibles de la Cour pénale internationale. Il évoque un bilan supérieur à 1 000 morts. La répression contre le soulèvement populaire a fait 300 morts, selon un bilan officiel libyen. La Fédération internationale des ligues de droits de l'homme (FIDH), compte au moins 640 personnes tuées. « Ce qui est certain, c'est que Kadhafi va tomber. Il n'y a aucune illusion sur sa capacité à se maintenir dans le contexte actuel, on voit bien qu'il dévisse. Quand des ministres et des hauts fonctionnaires démissionnent, il ne reste plus grand-chose à l'État. La question, c'est quand et à quel coût humain », s'est interrogé François Zimeray.

L'ambassadeur est aussi revenu sur les menaces de Kadhafi d'ouvrir les vannes de l'immigration illégale vers l'Europe. « La menace d'envoyer en Europe des gens désespérés est d'un cynisme extrêmement choquant. Je vois cela comme un chantage, le dernier feu du régime », a-t-il indiqué. Dans une nouvelle allocution, hier, Kadhafi a accusé les insurgés, maîtres de l'est de la Libye, d'être des « drogués » et de servir les intérêts d'Al-Qaïda. Il a par ailleurs indiqué que son pouvoir était seulement moral. « Je n'ai pas le pouvoir de faire des lois ou de faire appliquer la loi. La reine d'Angleterre n'a pas cette autorité. C'est exactement mon cas », a-t-il dit. Dans l'ouest du pays, la ville de Zouara a été « désertée par la police et les militaires » et « le peuple tient la ville », ont affirmé des témoins arrivés dans la Tunisie voisine par la route. Environ 20 000 personnes ont quitté la Libye, les pays occidentaux et asiatiques tentent par tous les moyens d'évacueur des dizaines de milliers de ressortissants. L'armée régulière, de son côté, a été affectée par les mutineries.

À l'étranger, les protestations se multiplient contre le régime libyen. Paris a souhaité hier que Kadhafi « vive ses derniers moments de chef d'État ». Hier soir, le président américain Barack Obama et le Premier ministre britannique David Cameron ont décidé de «se coordonner sur de possibles mesures multilatérales sur la Libye».