vendredi 18 février 2011

Libye, Bahreïn : la rue arabe proteste encore

Les heurts continuent au Yémen (à gauche), tandis que les Egyptien ont réinvesti vendredi la place Tahrir (au centre) pour ne pas se faire voler leur révolution. Au Bahreïn (à droite), les manifestants n'ont pu se rassembler qu'autour de l'hôpital qui a soigné les blessés des précédentes manifestations.

Les heurts continuent au Yémen (à gauche), tandis que les Egyptien ont réinvesti vendredi la place Tahrir (au centre) pour ne pas se faire voler leur révolution. Au Bahreïn (à droite), les manifestants n'ont pu se rassembler qu'autour de l'hôpital qui a soigné les blessés des précédentes manifestations. © REUTERS

Dans plusieurs pays, les manifestations continuent vendredi malgré une forte répression.

Les contestations populaires contre les régimes autoritaires de Libye, du Bahreïn et du Yémen se poursuivent en cette journée de vendredi, réprimées par des démonstrations de force qui ont fait plus de trente morts depuis mardi.

Ces révoltes interviennent après l'éviction de deux autocrates depuis la mi-janvier, Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie et Hosni Moubarak en Egypte. Ces départs ont fait naître dans le reste du monde arabe le sentiment que la pression populaire pouvait apporter la démocratisation. Le point, pays par pays, en milieu d'après-midi.

Libye : l'armée face aux manifestants

Des militaires ont été déployés en masse dans les principales villes du pays, après trois journées de manifestations violemment réprimées. Et la pression sur les protestataires s'accentue. Vendredi, les comités révolutionnaires, pilier du régime libyen, ont menacé les "groupuscules" qui dénoncent le régime de Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis plus de 40 ans, d'une riposte "foudroyante".

Un premier bilan établi par l’organisation Human Rights Watch fait état de 24 morts depuis mardi, parlant d'attaques sauvages des forces de sécurité". "Selon de nombreux témoins, les forces de sécurité ont tiré et tué les manifestants pour disperser les protestations", dénonce HRW dans un communiqué.

A Benghazi, de nombreux prisonniers se sont évadés vendredi matin de la prison d'al-Kuifiya suite à une mutinerie. Les obsèques des personnes tuées dans cette ville et Al Baïda devraient également avoir lieu dans la journée et risquent de catalyser un peu plus le mécontentement.

Bahreïn : un "massacre"

Des milliers de chiites ont enterré vendredi, dans un climat de tension et de colère, trois des leurs, tués dans la violente répression d'un rassemblement pro-réformes jeudi à Manama, la capitale du Bahreïn. Des chars et des véhicules blindés de l'armée ont pris place sur les points stratégiques de la ville mais se sont tenus à l’écart des enterrements qui ont eu lieu dans le calme.

Quatre manifestants ont été tués et 231 autres blessés jeudi lors d'une intervention de la police anti-émeute, venue disperser des militants rassemblés place de la Perle, dans le centre de Manama.

Le dignitaire chiite le plus en vue de Bahreïn, le cheikh Issa Kassem, a qualifié de "massacre" cette intervention, devant des milliers de Bahreïnis rassemblés pour les prières du vendredi dans une mosquée du village chiite de Sitra, au sud de Manama.

Yémen : sanglante répression

Deux manifestants ont été tués et 27 autres blessés vendredi dans une attaque à la grenade contre un rassemblement antigouvernemental dans la ville de Taez, à 270 km de Sanaa. La grenade a visé un rassemblement de milliers de personnes qui campaient, pour la septième journée consécutive, pour réclamer le départ du président Ali Abdallah Saleh.

Egypte : la "marche de la victoire"

Une semaine après le départ d'Hosni Moubarak, des milliers de manifestants sont revenus vendredi place Tahrir au Caire pour fêter la chute de son régime et maintenir la pression sur l'armée, qui a pris les rênes du pouvoir, pour qu'elle libère les détenus et assure des réformes démocratiques. Selon l'agence de presse officielle Mena, deux millions de personnes se sont rassemblées place Tahrir et à ses abords.

Dans le reste du pays, des centaines de milliers de personnes ont participé à cette "marche de la victoire" visant aussi à rendre hommage au 365 victimes de la répression.

Place Tahrir, l’influent théologien qatari et mentor des Frères musulmans, cheikh Youssef Al-Qardaoui, a demandé à la foule, lors de la grande prière hebdomadaire, de faire preuve de patience envers l'armée.

Selon une source proche de la sécurité, le Premier ministre, Ahmed Chafik, devrait annoncer dimanche ou lundi un remaniement, où devraient entrer des personnalités de l'opposition, dans l'espoir de rassurer les manifestants et de remettre au travail le pays.

Iran : les leaders de l'opposition en ligne de mire

En réponse aux manifestations antigouvernementales de lundi, les autorités ont organisé vendredi une contre-manifestation dans le centre de Téhéran, à l'issue de la prière. Les orateurs officiels de cette contre-manifestation ont lancé les mêmes slogans, repris par la foule : "mort à Moussavi, mort à Karoubi", les deux leaders de l'opposition.