
TUNIS (AP) — Un peu plus d'un mois après leur "révolution" qui a fait tomber, contre toute attente, le régime "despote" de l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali après un règne "dictatorial" de 23 ans, les Tunisiens sont unanimes à se déclarer "fiers" d'avoir enclenché une vague de liberté dans le monde arabe.
"Je ressens un sentiment de grande fierté d'appartenir à ce pays et à ce peuple qui, sans encadrement, a réussi une révolution historique qui est donnée en exemple et suscite de l'espoir chez les peuples opprimés", a déclaré à l'Associated Press l'éditorialiste du journal "Le Quotidien".
Chokri Baccouche relève que "le vent de liberté parti de Tunis souffle aujourd'hui sur l'ensemble du monde arabo-musulman a bousculé les totalitarismes et suscite des craintes chez les dirigeants arabes qui se sont jusque là obstinés à refuser les ouvertures démocratiques". "Cela ne peut que nous réjouir, nous intellectuels", lâche-t-il.
Pour ce journaliste, connu pour son esprit critique et indépendant, "ce qui s'est passé en Tunisie est un microcosme sur les aspirations des masses populaires à une répartition plus équitable des richesses et à la lutte contre la corruption sous toutes ses formes, bref à la dignité".
Il juge que "l'Occident qui a cherché depuis des décennies à combler le déficit démocratique dans le monde arabe s'y est mal pris, car la démocratie qui a éclot aujourd'hui dans la région n'a besoin que de germer, loin de la violence et des guerres".
"Je reste confiant en l'avenir car aucune force ne peut vaincre la volonté des peuples", ajoute-t-il. Il estime cependant qu'"un retour en arrière peut survenir si les pays riches et le monde libre n'apportent pas l'aide qu'il faut".
"Les pays occidentaux doivent être conscients de cette chance historique", lance-t-il.
Moins intellectuel, Mohamed Talbi, un employé de 50 ans, se voit, lui, "comme un leader qui conduit une révolution pour la démocratie dans le monde arabe". Conscient "des difficultés que ne manqueront pas d'engendrer les séquelles de l'ancien régime", il se déclare persuadé que "la révolution tunisienne va réussir parce qu'elle émane du peuple et surtout de la jeunesse, les générations de l'Internet et de Facebook".
"Je suis plein d'espoir en l'avenir, un avenir qui était flou jusqu'ici", avance de son côté Chawki Hani. Ce jeune ingénieur principal en génie chimique de 42 ans, se dit "fier de cette révolution intelligente, d'un genre nouveau".
Il l'attribue au "génie des Tunisiens qui ont mis à profit les nouvelles technologies pour la propager à travers le pays d'abord et à l'extérieur ensuite et briser le mur de la peur qui paralysait les populations arabes".
"J'en suis plus que fier parce que c'est la première fois que les peuples arabes se révoltent contre le despotisme de leurs dirigeants et prennent en main leur destin", se félicite-t-il.
Il affiche néanmoins "un optimisme prudent" en déplorant "la lenteur des changements qui ne se font pas à la même vitesse que la révolution".
"Les remous qui ont suivi les mouvements de contestation sont normaux, cela prendra un peu de temps, mais il ne faudrait pas que cela dure longtemps", analyse-t-il.
"Au moment où le monde entier nous observe très souvent admiratif, d'autres fois attentiste, voire craintif, ne perdons pas de vue l'essentiel", suggère quant à lui, l'éditorialiste du journal gouvernemental "La Presse de Tunisie".
Admettant que la révolution, "spontanée" et "réussie jusque-là", "n'est pas à l'abri des dérapages et des malveillantes instrumentalisations", il estime que "l'essentiel est de rester vigilants pour que le message laissé par Bouazizi demeure le catalyseur du devenir de tout un pays".
Le vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi s'était immolé par le feu à Sidi Bouzid, une région déshéritée du centre-ouest tunisien. Il est mort "pour l'emploi et la dignité, valeurs fondatrices de la révolution tunisienne" qui a ensuite fait tâche d'huile dans le monde arabe, rappelle l'éditorialiste. AP