lundi 21 février 2011

En Libye, Kadhafi réprime dans le sang. Peut-être plus de 200 morts

Seïf Al-Islam Kadhafi, le fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, a affirmé que la Libye était au bord de la guerre civile et la cible d'un complot étranger, lors d'une allocution télévisée dans la nuit de dimanche à lundi.

La contestation s'étend à la capitale libyenne où des tirs nourris ont été entendus cette nuit. La répression semble impitoyable.

La Libye est au bord de la guerre civile, a reconnu, cette nuit, le fils du colonel Kadhafi. Lors d'une allocution, il a promis une Constitution et de nouvelles lois libérales pour essayer d'enrayer le soulèvement.

Des émeutes, violemment réprimées, ont éclaté hier dans plusieurs villes dont Tripoli et Misratah. Mais c'est à Bengazhi, la cité rebelle située à un millier de kilomètres à l'est de la capitale, que la situation était hier soir la plus explosive.

Cette ville d'environ 800 000 habitants a été, dimanche, le théâtre d'intenses affrontements entre des manifestants anti-Kadhafi et les forces loyales au chef de l'État. « C'était comme une guerre civile, expliquait une jeune femme souhaitant rester anonyme. Un champ de bataille avec des secteurs contrôlés par les manifestants et d'autre part l'armée. Il y avait des corps dans les rues. »

« Au milieu d'un massacre »

Dimanche matin, des dizaines de milliers de personnes s'étaient rassemblées pour porter en terre les manifestants tués, samedi, par les forces de sécurité. Selon un bilan de l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW), dont le siège est à New York, 90 personnes avaient été tuées durant la journée de samedi (173 entre mardi et samedi). Le bilan dépasserait aujourd'hui les 200 morts.

Une fois de plus, des forces loyales au régime ont ouvert le feu sur la foule, à la mitrailleuse. Mais cette fois, la réplique de la rue a été violente. Les manifestants ont réussi à s'emparer d'armes et reçu, semble-t-il, le renfort d'unités de l'armée. La caserne al-Fadheel, au coeur de la cité, aurait été investie et les militaires irréductibles mis en déroute. Un haut responsable des services de sécurité aurait été capturé, ainsi que des « mercenaires » tchadiens et ouest-africains portant tous des casquettes jaunes.

Établir un bilan s'avérait impossible : plus de 200 morts et 900 blessés au minimum à Benghazi. « Des dizaines de personnes ont été tuées [...] pas quinze, des dizaines. Nous sommes au milieu d'un massacre ici », a assuré un témoin à la chaîne de télé al-Jazira. Le Département d'État américain évoque de son côté « des centaines de morts et de blessés ».

À ces informations fragmentaires se sont ajouté des rumeurs : massacres à l'arme lourde, répression sanglante jusque dans les hôpitaux, arrivée d'avions militaires algériens... Des affirmations difficiles à vérifier, les journalistes étrangers n'étant pas autorisés à se rendre dans le pays depuis le début des violences et les reporters libyens ne pouvant pas aller à Benghazi.

Condamnation

La violence de la répression a été unanimement condamnée. Hier, des rassemblements ont eu lieu devant plusieurs ambassades libyennes. Paris a jugé la répression « inacceptable ».

Hier soir, Kadhafi se murait toujours dans le silence. Seuls parlaient les armes et le journal d'État Alzahf Alakhdar qui dénonçait « des complots ourdis par l'Amérique, le sionisme et les traîtres occidentaux ».

Le représentant permanent de la Libye auprès de la Ligue arabe a annoncé, de son côté, qu'il démissionnait de son poste pour « rejoindre la révolution ».

Selon un syndicaliste, des centaines de Tunisiens ont fui la Libye.

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